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"L'AILF est devenue prestataire de services"

"L'AILF est devenue prestataire de services"

Créée le 27 mars 2002, l'Association internationale des libraires francophones (AILF) fêtera ses 10 ans lors du prochain Salon du livre de Paris. Son président, Michel Choueiri, directeur de la librairie El Bourj à Beyrouth, revient sur l'évolution de la structure qui regroupe aujourd'hui plus de 100 adhérents sur cinq continents, et sur l'évolution de la diffusion de la langue française à l'étranger.

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Par Clarisse Normand,
Créé le 16.03.2012 à 00h00,
Mis à jour le 16.03.2012 à 00h00

Livres Hebdo - L'AILF ne court-elle pas après une cause perdue dans la mesure où la diffusion de la langue française ne cesse de se réduire ?

"Le marché du livre français à l'étranger génère chaque année un chiffre d'affaires d'au moins 600 millions d'euros." MICHEL CHOUEIRI, AILF - Photo OLIVIER DION

Michel Choueiri - C'est une question pertinente. D'autant que ceux qui sont censés défendre cette cause paraissent s'en désengager. L'Etat français a réduit ses budgets auprès de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) et de l'Institut français dont les postes, à l'étranger, se font sponsoriser par des entreprises privées pour maintenir leur politique. Je souhaiterais aussi que l'OIF soit plus ferme auprès de certains gouvernements qui ont signé les accords de Florence et de Nairobi, et qui continuent à prélever des taxes sur les importations de livres. Si nous obtenons de la part des éditeurs des bonifications pour les pays à faible pouvoir d'achat, ce n'est pas pour que leurs Etats récupèrent ces sommes. Bref, le contexte est difficile mais la cause n'est pas perdue. Le français est une langue vivante et le marché du livre français à l'étranger génère chaque année un chiffre d'affaires d'au moins 600 millions d'euros. Cela justifie notre combat.

Comment évolue la situation par grandes zones géographiques ?

Sur le stand de l'AILF au Salon du livre de Paris 2011 - Photo OLIVIER DION

La langue française est pratiquée par 220 millions de personnes et apprise par plus de 100 millions. Malheureusement, elle perd du terrain. Dans les zones non francophones bien sûr, mais aussi dans les zones francophones où il existe une langue locale. Le recul est encore plus marqué dans les pays où l'anglais est pratiqué. Et ce n'est pas avec la percée du numérique, dominé par les Anglo-Saxons, que le mouvement risque de s'inverser.

Qui sont les adhérents de l'AILF aujourd'hui ?

Ce sont des libraires installés aux quatre coins du monde dont l'offre est entièrement ou partiellement francophone. Leur nombre est passé de 40 il y a dix ans à plus de 100 aujourd'hui. Mais avec près de 400 libraires vendant du livre français à l'étranger, il devrait encore augmenter. En 2011, nous avons d'ailleurs accueilli 18 libraires de plus, dont la moitié viennent de pays européens. Bien que de cultures différentes, nos adhérents ont vocation à se retrouver sur des valeurs de partage et de professionnalisme. Une charte a même été créée en 2009 et signée par 57 adhérents qui s'engagent à respecter ou tout du moins à se rapprocher de certains critères de qualité : diversité de l'offre, compétences de l'équipe, animations culturelles... L'objectif est d'amener tous nos membres à signer cette charte.

Comment ont évolué les rapports des libraires étrangers avec leurs fournisseurs français ?

Ils se sont améliorés grâce au travail de l'AILF, qui, dès le début, est intervenue pour résoudre des problèmes tant individuels que collectifs. Mais il reste beaucoup à faire sur la diffusion de l'information, les transports ou encore les remises, qui ne tiennent pas assez compte des problématiques propres aux librairies installées à l'étranger.

POURQUOI ELLES ONT REJOINT L'AILF

DR - Librairie CalamoAna CanellasLes trois associées de la librairie Vice versaVoahirana Ramalanjoana

Témoignages de trois libraires adhérentes depuis l'an dernier

ANA CANELLAS, CALAMO À SARAGOSSE (ESPAGNE)

« J'ai connu l'AILF lors d'une formation organisée par le Bief et le CNL. Il m'a très vite semblé intéressant de rejoindre une association qui défend les intérêts des libraires à l'étranger et leur permet de rompre leur isolement en les informant régulièrement sur ce qui se passe dans la profession. De plus, depuis que j'ai adhéré et signé la charte, il me semble que je bénéficie d'une bien meilleure reconnaissance auprès des institutions françaises locales. Je les sens plus enclines à faire des choses avec nous. »

DANIELLE BENHAIEM, VICE VERSA À JÉRUSALEM (ISRAËL)

« Longtemps, avec mes deux associées, nous avons hésité à adhérer pour des raisons, il est vrai, essentiellement géopolitiques. L'AILF organise des formations régionales, mais elles ont lieu dans des villes comme Beyrouth ou Le Caire, où il nous est difficile d'aller. Finalement, à l'issue de discussions approfondies, on nous a proposé de nous associer aux libraires d'Asie. J'ai depuis participé à un séminaire à Hongkong qui fut très enrichissant car nos problématiques sont assez proches. »

VOAHIRANA RAMALANJOANA, MAISON DE LA PRESSE À ANTANANARIVO (MADAGASCAR)« Il m'a paru évident d'adhérer à une association qui organise des formations sur place pour les libraires. J'apprécie aussi d'être informée sur ce qui se passe dans le monde du livre via leur newsletter et par Livres Hebdo auquel j'ai pu m'abonner grâce à un tarif préférentiel, accordé aux adhérents. »

LES 10 ANS DE L'AILF

De nombreuses actions sont programmées au Salon du livre pour marquer le 10e anniversaire de l'AILF. Outre la diffusion d'une plaquette présentant l'histoire de l'association, Livres Hebdo organise le vendredi 16 mars un forum intitulé "Vendre des livres français à l'étranger, quelle aventure !". Divers débats professionnels sont également prévus, dont une matinée d'échanges, le lundi 19, avec la direction d'Hachette Livre International pour discuter des problématiques de diffusion. Enfin, des animations seront proposées au grand public. Afin de mettre en valeur leur travail, les libraires présenteront leur coup de coeur pour un auteur de leur pays, et certains seront invités, le samedi 17, à échanger avec le public en présence de l'auteur. L'ensemble des titres sera par ailleurs exposé à la vente sur le stand de l'Institut français.

Quelle est, à votre avis, l'action la plus représentative de ce que doit être l'AILF ?

Il y en a plusieurs ! D'abord la Caravane du livre : chaque année, elle apporte une offre culturelle dans des régions d'Afrique de l'Ouest qui en sont dépourvues. Son succès a mis en lumière l'existence d'une demande pour les ouvrages de littérature non prescrite, notamment africaine. Les formations et les accompagnements individualisés sont aussi très importants, ainsi que les opérations de lobbying. Menées depuis des années avec constance, ces actions ont permis à l'AILF d'avoir une expertise qu'elle a su valoriser auprès des autres institutions travaillant au renforcement des cultures francophones. Résultat, de demandeuse d'aides, elle est devenue prestataire de services.

Avec la montée en puissance d'Internet et du numérique, quels sont les enjeux des prochaines années ?

Il faudra aider les libraires à répondre aux défis technologiques tout en continuant à améliorer leurs conditions de travail au quotidien et à favoriser l'accès de certaines populations aux livres. L'AILF a aussi vocation à faire circuler la littérature du Sud vers le Nord et au sein des différents pays du Sud. Par ailleurs, des réflexions sont engagées pour lancer une Caravane du livre au Maghreb.

Votre mandat de président arrive à échéance en mars. Vous représenterez-vous ?

Même si je le voulais, je ne le pourrais pas car j'ai déjà réalisé deux mandats qui s'inscrivent dans la continuité de mes prédécesseurs, Philippe Goffe et Agnès Avognon Adjaho (1). Un nouveau président sera élu lors du conseil d'administration du 20 mars.

(1) Philippe Goffe dirige Grafitti à Waterloo, en Belgique, et Agnès Avognon Adjaho fut directrice de Notre-Dame à Cotonou, au Bénin.


16.03 2012

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