Francophonie

Lancement des Etats généraux du livre en langue française dans le monde

Lancement des Etats Généraux du livre en langue française - Photo VINCY THOMAS / LH

Lancement des Etats généraux du livre en langue française dans le monde

Repoussés en raison de la crise sanitaire, les Etats généraux du livre en langue française dans le monde se sont ouverts le 23 septembre à Tunis, malgré une circulation vive du virus de la Covid en Tunisie et un contexte politique tendu.

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Par Vincy Thomas,
à Tunis,
Créé le 24.09.2021 à 00h53,
Mis à jour le 24.09.2021 à 01h00

Dans la chaleur moite de Tunis, les Etats généraux du livre en langue française dans le monde ont débuté jeudi 23 septembre. Initiés par Emmanuel Macron en 2018, pilotés par l'Institut français, sous l'égide de la commissaire générale Sylvie Marcé, l'événement a été organisé par plusieurs pays francophones, dont la Tunisie, et l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). La veille au soir, la Tunisie se souciait davantage des mesures prises par le président Kaïs Saïed, qui a décidé de renforcer ses prérogatives au détriment de la constitution de 2014. Les opposants parlent de dérive autoritaire, alors que le Président, qui vise un pouvoir à la main de l'exécutif et non du législatif, prend depuis juillet des mesures d'exceptions.

Aussi, en l'absence d'un gouvernement en Tunisie, les Etats généraux, inaugurés par Eva Nguyen Binh, présidente de l'Institut français, Roselyne Bachelot (à distance), ministre de la Culture française ou encore Louise Mushikiwabo, Sécratire générale de l'OIF, ont été accueillis par Habib Ammar, ministre des Affaires culturelles par intérim.

Sur place ou derrière un écran

Toute la journée a été rythmée par des conférences, tables rondes et rencontres autour des travaux et des propositions glanés depuis trois ans afin d'améliorer la circulation œuvres dans l'espace francophone et de progresser dans l'accès à la lecture, notamment chez les jeunes, dès l'école.

150 intervenants venus de 26 pays, en présentiel ou en distanciel, participeront à ces réunions durant deux jours. Au Palais de la culture, dans le grand auditorium clairsemé pour des raisons de distanciations sanitaires, des auteurs comme la Goncourt des lycéens Djaili Amadou Amal ou le romancier Kamel Daoud, des éditeurs Elisabeth Daldoul (Elyzad) ou Simon de Jocas (Québec éditions), des libraires comme Philippe Goffe (Graffiti en Belgique) ou Michel Choueri (Culture and co à Dubaï) se sont succédés sur le plateau. Plus de la moitié des intervenants étaient cependant à distance, via Zoom, tout comme une centaine de personnes assistant aux conférences.

Dès cette première journée, les principaux enjeux ont été abordés: la structuration de la filière du livre au niveau local ((impression, distribution, etc.), le coût des livres, le rôle trop prépondérant de l'édition française (la France représente 85% des ventes de livres en français), ou encore la diffusion entre pays francophones sans passer par la France. Une étude commandée au cabinet BearingPoint sur l'état du marché et une projection à dix puis trente ans de ce qu'il peut devenir était l'un des supports à plusieurs débats. Emeline Pierre, membre du parlement des écrivaines francophones, a déjà lancé quelques pistes : permettre la circulation des auteurs grâce aux outils numériques et créer une plateformes de e-commerce étendue à l'ensemble des pays francophones, en privilégiant les livres numériques et les livres audio.
 
Table ronde aux Etats généraux du livre en langue française - Photo VINCY THOMAS / LH


Le problème de la traduction a aussi été évoqué. L'écrivain tunisien Yamen Manal (publié chez Elyzad, Prix des cinq continents de la francophonie et Grand prix du roman métis pour L'Amas ardent) rappelait ainsi : "Mon livre est traduit en roumain et en vietnamien mais pas en langue arabe." Elyzad a refusé les cessions de droits aux éditeurs français ou la coédition. Sa fondatrice, Élisabeth Daldoul, a préféré trouver un diffuseur et distributeur en France. "J'ai plus de libertés mais j'ai aussi plus de contraintes" confie-t-elle, soulignant que dans les pays du sud, les maillons de la chaîne ne sont pas toujours fiables. L'agent Pierre Astier a aussi opté pour une division territoriale des cessions de droits. Même si le livre est en Français, il négociera avec un éditeur local dans chaque pays. plutôt que de céder tous les droits pour l'ensemble de la francophonie. Soulignant cette hétérogénéité, Nicolas Roche, directeur général du Bief résumait ainsi: "Il n'y a pas un marché francophone mais plusieurs marchés francophones".

Présidente de l'Institut français, Eva Nguyn Binh confirme que l'orientation n'est plus à l'hégémonie française: "Aujourd'hui, on est dans la promotion d'une diversité, d'un pluralisme linguistique." A l'inverse des stratégies anglo-saxonnes ou hispanophones, où les grands groupes occidentaux ont préempté les marchés de leurs anciennes colonies, elle plaide pour "le développement d'une édition locale" comme les Etats-généraux l'ont constaté. Mais cela ne peut passer que pas le "développement du goût de la lecture". Et ce n'est pas une question de langue.
 
Photo VINCY THOMAS / LH

 

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