Bath, 1865. En ville où sa très haute silhouette et sa grande beauté ne passent pas inaperçues, on la surnomme « l'Ange des thermes ». Même si elle n'est qu'infirmière auprès de son père, qui tient un cabinet de médecine fort coté en ville, on prête à la jeune Jane des talents de guérisseuse. Souvent, elle accompagne les patients aux sources d'eau chaude supposées les soulager de leur mal. Sa gentillesse et sa douceur font l'unanimité. Pourtant, ce n'est peut-être qu'une forme d'indifférence en attendant qu'arrive ce qu'elle appelle « la chose », c'est-à-dire un destin, un vrai, exceptionnel, qui l'éloignerait d'un chemin déjà trop tracé et de la très inopportune demande en mariage de Ross, médecin puritain incapable de refréner plus longtemps l'aveu de son désir. À Londres, chez sa tante Emmeline, artiste peintre, célibataire, solitaire et large d'esprit, Jane va vivre la première étape de ce qu'elle imagine être sa libération. Elle y fait la connaissance d'une femme de la meilleure société, d'origine italienne, Julietta, dont elle s'éprend instantanément, la révélant à elle-même et avec qui elle va vivre la plus charnelle et réjouissante des passions. Entre Londres, Paris et même Bath, car il lui faudra y revenir...

Au cœur de la forêt de Bornéo, 1865. Un excentrique radjah britannique, Sir Ralph Sauvage, grand amateur de garçons et de luxe, s'est fait construire un magnifique palais et cherche comment il peut apporter aux diverses populations dont il a la charge des bienfaits qui contrebalanceraient ce que les autres représentants de l'Empire leur font subir (massacres, famine, etc.). Hélas tous ses projets philanthropiques semblent voués à l'échec. C'est alors qu'il recueille un jeune vagabond idéaliste, Edmund Ross, frère cadet du médecin de Bath, qui parcourt le pays à la recherche d'espèces rares pour les ramener au British Museum. Il n'en fera pas son amant, juste son lecteur privilégié des Évangiles - ce qui n'empêchera pas tout cela de fort mal se terminer. Bien sûr, ces deux histoires qui composent le nouveau roman de Rose Tremain, Havres de grâce, qui semblent aux antipodes l'une de l'autre, vont inexorablement se rapprocher. On ne saurait vivre qu'en trouvant ou retrouvant son pays, en remontant les fleuves, la Tamise ou l'Amazone...

Après un très beau détour autobiographique, Rosie, une enfance anglaise (Lattès, 2019) cette grande dame de la littérature anglaise revient à sa veine la plus prolifique, le grand roman historique. Il est dommage que, malgré son prix Femina étranger pour Le Royaume interdit (De Fallois, 1994), Rose Tremain ne soit pas tenue en la matière pour ce qu'elle est : une maîtresse du genre, à l'image par exemple d'un Julian Barnes. Comme lui, elle sait qu'écrire depuis le passé est toujours une façon gracieuse et masquée d'évoquer « le vivace et le bel aujourd'hui ». Ce sont nos désirs, nos chagrins, nos échecs et nos hontes qui se déploient en ces pages.

Rose Tremain
Havres de grâce Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Françoise du Sorbier
JC Lattès
Tirage: NC
Prix: 19,90 € ; 490 p.
ISBN: 9782709666060

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