Environ 10 millions de livres en langue étrangère sont achetés chaque année sur le marché grand public du livre en langue allemande. Plus de 95 % d'entre eux sont des éditions en anglais ; la faible part restante se compose essentiellement de titres français, suivis de loin par l'espagnol et l'italien.
La demande de fiction en anglais a progressé par vagues successives au cours des dernières années. Le phénomène est apparu de façon sporadique dans les années 2000, avec l'engouement entourant chaque nouveau volume de Harry Potter, que les jeunes lecteurs en particulier utilisaient pour éprouver leurs compétences de lecture en langue étrangère.
En 2016, l'épilogue tardif Harry Potter and the Cursed Child a donné une nouvelle impulsion. Mais, à cette date, plusieurs éditions originales anglaises avaient déjà atteint des ventes à cinq chiffres - parfois à six - sur le marché germanophone, élargissant la tendance à la lecture en anglais. Depuis 2021, les recommandations de romans young adult sur les réseaux sociaux, et singulièrement sur la plateforme vidéo TikTok, ont alimenté une forte hausse de la demande d'éditions originales, en particulier pour les titres des autrices américaines Colleen Hoover, Ana Huang, Sarah J. Maas et Freida McFadden.
Pour les éditeurs d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse qui achètent des droits de titres anglophones, cette demande élevée d'éditions originales relève d'un numéro d'équilibriste. D'un côté, ils bénéficient eux aussi de la dynamique BookTok, qui touche un public jeune et revitalise, ou du moins stabilise, l'ensemble du marché du livre et de la lecture. De l'autre, ils doivent veiller à ce que leurs éditions allemandes sous licence ne soient pas trop affectées par les importations venues du Royaume-Uni et des États-Unis. La stratégie clé consiste à mettre la traduction sur le marché rapidement, et avec une présentation particulièrement attrayante.
Un effet marqué sur le marché grand public
2024 a été la meilleure année enregistrée à ce jour pour les titres grand public en anglais sur le marché germanophone. L'analyse des données de ventes de l'institut d'études Media Control, dans les segments grand public de la fiction (y compris livres pour enfants et young adult), des essais et du développement personnel, en révèle l'ampleur et les tendances.
- Une croissance rapide. Entre 2019 et 2024, le nombre d'éditions en anglais vendues a doublé, pour dépasser 10 millions d'exemplaires.
- Des genres dominants. La fiction représente la majorité des livres importés (84 %), suivie par le développement personnel (12 %). La non-fiction en anglais atteint rarement des volumes élevés, à l'exception des mémoires de Barack Obama (2020) et du prince Harry (2023).
- Une part de marché significative. Dans le secteur de la fiction, les éditions en anglais représentaient un peu moins de 5 % du marché en 2024 ; pour le développement personnel, le chiffre s'élevait à 4 %.
Lors de l'année record 2024, le volume d'affaires des romans, livres de développement personnel et essais en anglais s'est établi autour de 150 millions d'euros au prix de vente public. En 2025, la faiblesse générale du marché du livre a également touché les importations, avec un recul de 8 % en nombre d'exemplaires vendus et de 3 % en chiffre d'affaires. Les parts de marché en fiction se sont établies en 2025 à 4,6 %, en exemplaires comme en chiffre d'affaires.
Les livres de développement personnel en anglais sont en revanche restés stables et ont accru leur part dans leur segment (4,3 % des exemplaires vendus, 4,7 % du chiffre d'affaires). Sur ce marché, la demande de titres en anglais est forte : ceux de Mel Robbins (The Let Them Theory), de James Clear (Atomic Habits), d'Ichiro Kishimi et Fumitake Koga (The Courage to Be Disliked) ou de l'indémodable Dale Carnegie (How to Win Friends) connaissent un succès considérable, aux côtés de leurs équivalents en langue allemande.
Les livres en anglais les plus vendus sur le marché germanophone en 2025
| Auteur, titre | Éditeurs anglophones | Part de marché | |
|---|---|---|---|
| 1 | Rebecca Yarros : Onyx Storm | Piatkus/Hachette, Entangled Publishing | 20 % |
| 2 | Suzanne Collins : Sunrise on the Reaping | Scholastic | 23 % |
| 3 | Rebecca Yarros : Fourth Wing | Piatkus/Hachette, Entangled Publishing, Macmillan | 22 % |
| 4 | SenLinYu : Alchemised | Forever/Ullstein ; Michael Joseph/Del Rey/PRH | 25 % |
| 5 | Rebecca Yarros : Iron Flame | Piatkus/Hachette, Entangled Publishing, Macmillan | 26 % |
| 6 | Sally Rooney : Intermezzo | Faber & Faber | 49 % |
| 7 | Coco Mellors : Blue Sisters | Fourth Estate/HarperCollins, Ballantine/Random House | 59 % |
| 8 | Navessa Allen : Lights Out | Quercus, Slowburn/PRH | 42 % |
| 9 | Freida McFadden : The Housemaid | Little, Brown/Bookouture/Hachette | 12 % |
| 10 | Lauren Roberts : Fearless | Simon & Schuster | 37 % |
| 11 | Alison Espach : The Wedding People | Phoenix/Hachette | 42 % |
| 12 | Lauren Roberts : Powerless | Simon & Schuster | 33 % |
| 13 | Fiodor Dostoïevski : White Nights | Penguin/PRH | 32 % |
| 14 | Dan Brown : The Secret of Secrets | Doubleday/Bantam/PRH | 8 % |
| 15 | Matt Haig : The Midnight Library | Canongate | 16 % |
| 16 | Ali Hazelwood : Deep End | Sphere/Hachette, Berkley/PRH | 34 % |
| 17 | Mai Mochizuki : The Full Moon Coffee Shop | Brazen/Hachette | 78 % |
| 18 | Ana Huang : King of Envy | Piatkus/Hachette | 61 % |
| 19 | Ana Huang : Twisted Love | Little, Brown/Hachette, Lyx/Bastei Lübbe | 39 % |
| 20 | Laurie Gilmore : The Pumpkin Spice Café | HarperCollins | 47 % |
| 21 | Chimamanda Ngozi Adichie : Dream Count | Fourth Estate/HarperCollins, Knopf/PRH | 34 % |
| 22 | Sarah J. Maas : A Court of Thorns and Roses | Bloomsbury | 35 % |
| 23 | Sally Rooney : Normal People | Faber & Faber | 67 % |
| 24 | Stephanie Garber : Once Upon A Broken Heart | Gollancz/Orion/Hachette, Flatiron/Macmillan | 56 % |
| 25 | Hanya Yanagihara : A Little Life | Vintage/PRH | 39 % |
Source des données : panel de détaillants Media Control, Allemagne/Autriche/Suisse 2025 ; éditions imprimées ; les différentes éditions d'un même titre (broché, relié) ont été regroupées. Un certain nombre des éditions en anglais sont publiées par plusieurs éditeurs ou labels britanniques ou américains. La part de marché représente la proportion des éditions en anglais dans les ventes totales du titre concerné dans les pays germanophones.
Fiction : nouveautés, longs sellers et classiques
Le tableau illustre l'effet de la tendance anglophone sur le marché du roman. Il recense les 25 titres en anglais les plus vendus sur le marché germanophone l'an dernier. En 2025, ils ont atteint des ventes moyennes de l'ordre de 35 000 exemplaires, dans une fourchette allant de 24 000 à plus de 90 000 exemplaires. Il met aussi en évidence l'étendue désormais considérable de la concurrence entre éditions anglaises et allemandes.
La part de marché des éditions en anglais varie fortement : elle s'établit en moyenne à 27 %, avec des écarts allant de 8 % à près de 80 %.
La nouveauté d'un livre n'est qu'en partie déterminante dans le choix d'une édition en anglais : la moitié des meilleures ventes du tableau sont récentes, l'autre moitié sont des long-sellers, dont certains bénéficient d'un regain d'intérêt (adaptation au cinéma ou parution d'un nouveau tome de la série). Une parution précoce de l'édition allemande n'est pas nécessairement un avantage. Ainsi la traduction allemande du roman de l'autrice japonaise Mai Mochizuki (Das Mondscheincafé), d'abord très demandée, a-t-elle été dépassée par la traduction anglaise The Full Moon Coffee Shop, publiée plus tard, à la suite d'un emballement sur BookTok (voir rang 17).
Les recommandations BookTok peuvent porter au rang de best-seller des classiques relativement méconnus : la nouvelle Les Nuits blanches de Dostoïevski (1848) a atteint de façon inattendue des ventes à cinq chiffres, tant en anglais dans la collection Penguin Classics qu'en éditions allemandes (voir rang 13).
Les romans qui échappent aux catégories de genre habituelles suscitent une demande particulièrement forte pour leur version originale : Sally Rooney et Coco Mellors en sont les exemples dans le tableau (rangs 6 et 7). Les éditeurs allemands cherchent activement à tirer parti de cet intérêt croissant pour la littérature anglophone. Ullstein a ainsi publié le premier roman de l'autrice américaine SenLinYu, Alchemised, sous son label de romance et de fantasy Forever, à la fois en allemand et dans sa version originale anglaise, entrant de ce fait en concurrence avec les éditions, moins chères, des labels Del Rey et Michael Joseph de Penguin Random House (voir rang 4).
Avant cela, Bastei Lübbe avait également publié Twisted Love d'Ana Huang dans les deux langues sous son label Lyx, captant ainsi un cinquième de la demande pour l'édition anglaise en 2025 ; l'essentiel est toutefois allé à l'édition publiée par Little, Brown, label du groupe Hachette.
Penguin Random House et Hachette, principaux fournisseurs
À première vue, un grand nombre d'éditeurs britanniques et américains semblent placer des livres sur le marché germanophone. Cette impression tient à la répartition des titres entre les plusieurs centaines de labels des grands groupes d'édition. Dans les faits, les principaux acteurs contrôlent très largement l'activité d'exportation.
Penguin Random House, premier groupe mondial d'édition grand public, domine également, par ses nombreux auteurs à succès, l'approvisionnement du marché germanophone en livres en anglais. Le groupe représente environ 30 % de la demande de livres en anglais en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Viennent ensuite les labels de Hachette (environ 15 %) et HarperCollins (environ 10 %). Les labels internationaux de Holtzbrinck (Macmillan), Bloomsbury et Simon & Schuster contribuent chacun pour 4 à 5 %. Faber & Faber et Scholastic suivent plus loin derrière.
Cette année, la demande de fiction en anglais est pour l'heure restée plus stable encore que celle de fiction en langue allemande, et elle est actuellement portée par l'autrice de thrillers psychologiques Freida McFadden et sa série The Housemaid.
À propos de l'analyse
Cette analyse a été publiée précédemment dans la revue professionnelle allemande Börsenblatt. Elle repose sur les données du panel de l'institut d'études Media Control, qui exploite les chiffres de ventes de livres issus des systèmes de caisse de plus de 9 000 points de vente en Allemagne, en Autriche et en Suisse, commerce en ligne inclus. L'analyse a pris en compte les formats de livres imprimés dans les catégories grand public de la fiction — y compris les livres pour enfants et young adult —, du développement personnel et des essais (hors ouvrages de référence).
