Toute sa longue vie, Jacques Lartigue (1894-1986) s’est d’abord voulu peintre. Un peintre académique, sans grande originalité. Mais ce n’est pas par la photographie - qu’il a commencé à pratiquer dès 1902, pour s’amuser, et qui finit par être son mode d’expression principal - qu’il est devenu illustre. Pas tout de suite, d’ailleurs. Il a fallu attendre 1963 pour que le Moma de New York lui consacre sa première grande exposition et le "lance" dans le monde entier. C’est à partir de là que l’artiste ajoute à son prénom Henri, celui de son père.
De Lartigue, on connaissait surtout le travail en noir et blanc, largement montré, notamment dans L’album d’une vie, 1894-1986, publié au Seuil en 2003 à l’occasion d’une grande rétrospective au Centre Pompidou, réédité en 2012 et à nouveau aujourd’hui. Voici maintenant sa Vie en couleurs, pan quasi inédit et majeur d’une œuvre considérable. En 1979, Jacques-Henri Lartigue a fait donation à l’Etat français de tous ses négatifs (plus de 117 000), carnets, archives, Mémoires. Donation complétée en 1983, en 1986, puis par sa veuve Florette. On y trouve en particulier la dernière page de son dernier album, où il a écrit le mot "FIN" en majuscules. Cet homme simple, direct, joyeux, avait tout prévu.
Du Lartigue en couleurs oublions donc la photo officielle et rebattue de Giscard d’Estaing président de la République, en 1974, arbre qui cache une forêt somptueuse. Et découvrons les quelque 350 photos reproduites ici et exposées à la Maison européenne de la photographie, à Paris, du 24 juin au 29 août. Des photos habitées, notamment par les femmes de sa vie ou par certains de ses amis, des photos de moments de bonheur, lumineuses même par temps de neige et de brouillard, autant de morceaux de vie saisis dans l’instant, magnifiquement cadrés et rendus… Finalement, c’est grâce à ses photos en couleurs que Lartigue est devenu ce qu’il rêvait d’être : un grand peintre. J.-C. P.