Last Summer pour Gore Vidal

Last Summer pour Gore Vidal

Gore Vidal

Last Summer pour Gore Vidal

Mardi 31 juillet, Gore Vidal, l'un des écrivains les plus talentueux et polémiques américains, est mort d'une pneumonie à l'âge de 86 ans à Hollywood.

avec jc Créé le 15.04.2015 à 22h43

Le romancier Gore Vidal, mort mardi à l'âge de 86 ans, était une institution irrévérencieuse de la littérature américaine.

Romancier, essayiste, scénariste, dramaturge et comédien, pionnier de la littérature gay, Gore Vidal était un homme qui combattait sur de nombreux fronts à la fois artistiques et idéologiques. Ses oeuvres littéraires, théâtrales et audiovisuelles étaient mises au service de combats politiques, philosophiques et sociaux qui lui valurent d'essuyer de nombreux affronts médiatiques et de créer des polémiques légendaires.

« Un écrivain est aussi ce que son roman familial a fait de lui » déclarait Gore Vidal. Il n'y échappa pas. Eugene Luther Gore Vidal est né le 13 octobre 1925 à la prestigieuse Académie militaire de West Point dans une famille active politiquement. Son père travaillait pour l'administration Roosevelt, son grand père était sénateur et son cousin n'est autre que l'ex-vice-président américain Al Gore. Après le divorce de ses parents, sa mère se remarie à Hugh Auchincloss qui épousera ensuite la mère de Jackie Kennedy. Gore Vidal deviendra ainsi un proche de la famille "dynastie" la plus célèbre du pays. Il se présente sans succès à deux reprises aux élections du Congrès en 1960 et en 1982.

Croyant « à l'utilité des livres » ainsi qu'il le dit, Gore Vidal s'engage avant tout en littérature. En 1946, le jeune soldat Vidal basé en Alaska écrit son premier roman à 21 ans, Williwaw (en français, Ouragan, Albin Michel, 1949) sur la seconde guerre mondiale. Deux ans plus tard, il choque la critique américaine avec son troisième roman, The City and the Pillar (Un garçon près de la rivière). Il s'agit du premier roman américain à plaider en faveur des amours homosexuels aux USA. L'identité sexuelle sera à nouveau le thème de son roman Myra Breckinridge en 1968, adapté deux ans plus tard au cinéma.

« La colère est le carburant même de mon écriture »

S'il ne fallait lire qu'un seul livre, l'écrivain recommandait Création (1981), un essai fictif qui met en scène les plus grands penseurs, Socrate, Platon, Confucius, Zoroastre, tous invités à répondre à une question de Montaigne « Qu'est ce que la création ? ».

Intransigeant vis à vis de la religion, il dénonce la dérive de son pays d'une démocratie vers une théocratie impérialiste pointant du doigt l'entreprise d'évangélisation médiatique, économique et politique et fustigeant la guerre en Irak. « La colère est le carburant même de mon écriture » déclarait-il au journal Le Monde en août 2005.

Son court récit La fin de la liberté publié après le 11 Septembre s'est vendu à des centaines de milliers d'exemplaires, preuve que sa voix porte dans l'opinion américaine. "C'était un coup d'Etat", déclare-t-il ainsi à l'AFP en 2006. "Maintenir les gens sous la coupe de la peur est une grande manipulation totalitaire apprise auprès des dictatures européennes des années 1930".

Gore Vidal est l'auteur de 21 essais, de 7 pièces de théâtre, de 25 romans et de 8 scénarios (dont Soudain l'été dernier, d'après la pièce de Tennessee Williams). Il passe devant les caméras de Roberto Fellini dans Roma, d'Andrew Niccol dans Bienvenue à Gattaca et prête sa voix à un personnage de la série Les Simpsons.

En 2009, il est récompensé d'une médaille de distinction pour sa «contribution aux lettres américaines» lors de la cérémonie du National Book Award.

En France, Emmanuelle Colas, fondatrice des Editions Galaade s'est engagée à faire redécouvrir Gore Vidal, avec la publication de 9 de ses livres depuis 2006, dont A l'estime : mémoires, paru en 1995 aux USA (Livres Hebdo 637, Avant Critiques, 17/03/2006). Il y raconte sa relation avec le jeune Jimmie Trimble, ses huit années reclus dans une école de garçons, son expérience de la guerre, ses amitiés avec Anais Nin, son intimité mythique avec Tennessee Williams qu'il surnommait « l'oiseau magnifique », sa relation belliqueuse avec Truman Capote, son aventure sexuelle avec Jack Kerouac et ses amitiés françaises avec Cocteau et Gide, entre autres.

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