Ils étaient six. Amis comme on peut l’être lorsque l’avenir promet de durer longtemps. Cinq garçons, Bart, David, Peter, Joost, André, et une fille, Laura, promis à dissiper leur jeunesse en ces années 1980 naissantes. Les garçons aiment les filles, la musique, lire, bousculer l’ordre établi et le sport, surtout le vélo, qu’ils pratiquent plus ou moins assidûment tout en rêvant aux exploits de leurs compatriotes néerlandais sur les routes du Tour de France. Laura elle, aime Joost et le regard que chacun d’eux pose sur elle. L’été 1982, en vacances en Provence, les cinq garçons entreprennent l’ascension cycliste du mythique mont Ventoux. Quatre seulement reviendront. Aucun d’eux ne sera plus jamais jeune. Trente ans plus tard, alors que Bart est devenu chroniqueur judiciaire après avoir été journaliste sportif, Peter, un scientifique reconnu, André, un repris de justice et que David est resté un esthète, tandis que Laura refait son apparition dans leur vie, les voilà à nouveau réunis. Ils reviendront au Ventoux pour essayer d’écrire le dernier chapitre de leur amitié.
Ventoux est le premier roman traduit en français du journaliste néerlandais Bert Wagendorp. Les Pays-Bas lui ont fait un triomphe (140 000 exemplaires vendus). Rarement, ces dernières années, succès n’aura été aussi mérité. Cette éducation sentimentale bluesy sur fond de vélo et de perte des illusions révèle un formidable romancier. Chaque personnage du livre est très justement dessiné, jusque dans ses parts d’ombre et de tristesse, chaque détail d’époque (tel nom de champion du passé, telle marque de vélo, telle chanson oubliée) échappe au piège de la reconstitution empesée pour signifier avec délicatesse le passage du temps. C’est très triste et, bien sûr, souvent très drôle. O. M.
