Le journaliste et écrivain Jacques Frémontier est mort | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, le 16.04.2020 à 17h35 (mis à jour le 16.04.2020 à 18h00) Disparition

Le journaliste et écrivain Jacques Frémontier est mort

Jacques Frémontier - Photo CAPTURE D'ÉCRAN YOUTUBE.

L'historien et essayiste, documentariste phare de l'ORTF, a été emporté par le Covid-19, le 7 avril, à l'âge de 89 ans.

Le journaliste et écrivain Jacques Frémontier, documentariste phare de l'ORTF dans les années 1970, est mort le 7 avril, emporté par le Covid-19, à l'âge de 89 ans. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, principalement des essais, dont le plus célèbre, La forteresse ouvrière : Renault (Fayard, 1971), une enquête pointue sur le constructeur automobile, a fait date dans le milieu des sciences sociales.

Jacques Frémontier naît Friedmann en 1930, d'une famille juive de commerçants parisiens. En 1940, il fuit la capitale avec ses parents pour se réfugier dans le Lot-et-Garonne, à Villeneuve-sur-Lot, où il sera caché par un couple d'épiciers. En 2005, il leur permettra d'être reconnus "Juste parmi les nations". Il raconte son histoire et celle de ses bienfaiteurs dans deux ouvrages, Le nom et la peau (Denoël, 2004) et La femme proscrite qui m'a sauvé la vie (Le bord de l'eau, 2014).

Après la guerre, le jeune Friedmann fait ses classes à Sciences Po, puis à l'Ena. Mais il se détourne rapidement de la fonction publique pour entamer une carrière dans le journalisme, à L'Express, puis à Paris-Journal et Paris-Jour, dont il sera rédacteur en chef. En 1959, il change son patronyme en Frémontier pour éviter les invectives racistes, alors que la société française est encore imprégnée d'un antisémitisme latent.

Une icône de l'ORTF

Les révoltes de 1968 le poussent à s'engager politiquement aux côtés du Parti communiste français. Entré à l'ORTF, ses convictions lui dictent de braquer les projecteurs sur la réalité sociale du pays dans ses émissions "Vivre aujourd'hui" et "La vie ensemble", diffusées de 1970 à 1975. Egalement collaborateur à L'Humanité Dimanche, il couvre la Révolution des œillets au Portugal, sur laquelle il reviendra dans son essai Portugal : les points sur les i (Editions sociales, 1976). Il rompt toutefois avec le PCF en 2002 et se consacre à l'étude du judaïsme dans le cadre d'une thèse de doctorat à l'EHESS sur les juifs communistes de France, dont il tirera un ouvrage, L'étoile rouge de David (Fayard, 2002).

Récemment, il avait ouvert un blog, "Octoscopie", sur lequel il partageait son amour de la littérature. Son dernier article, publié le 3 mars, est consacré à "l'anti-Malraux", le résistant et romancier Pierre Herbart, qu'il considère comme un "frère". En conclusion, il rendait hommage à son art de l'ellipse, comme une leçon à méditer à l'ère de l'abondance communicationnelle : "Ne jamais trop dire pour garder le juste dire."
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