Logistique

Le nouveau Prisme

La nouvelle plateforme de Prisme à Valenton (Val-de-Marne). - Photo OLIVIER DION

Le nouveau Prisme

Reportage sur le site modernisé de Valenton (Val-de-Marne), où la plateforme de tri du transport du livre, qui vient de conclure un accord avec Cultura pour ses magasins franciliens, a déménagé l’été dernier.

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Par Clarisse Normand,
Créé le 20.10.2017 à 00h00,
Mis à jour le 20.10.2017 à 10h46

Sur la ligne de métro n° 8, plus question de s’arrêter à la station Porte de Charenton (Paris 12e). Il faut désormais aller jusqu’au bout de la ligne et descendre à Créteil-Pointe du Lac, pour rejoindre les locaux de Prisme implantés depuis juin à Valenton (Val-de-Marne). "Un site de 6 500 m2 avec une nouvelle chaîne de tri qui nous met en position de répondre à une augmentation de 30 % des flux", se félicite Bouchaïb Moudakir, directeur de Prisme en présentant la nouvelle plateforme logistique.

Créée en 1993 à l’initiative de la Commission de liaison interprofessionnelle du livre (Clil) afin de massifier les flux de livres et d’abaisser leurs coûts d’acheminement entre les éditeurs-distributeurs et les librairies de province, cette filiale du transporteur Geodis s’est vue contrainte, dans le cadre de l’aménagement du Grand Paris, de quitter les 5 500 m2 qu’elle occupait à Bercy. Mené de main de maître, sans un seul jour de fermeture pour la plateforme et avec 80 % des effectifs qui ont suivi le mouvement, le déménagement de Prisme a aussi été l’occasion de mettre en place un nouvel outil logistique plus performant. "Cette modernisation était de toute façon nécessaire car l’ancienne chaîne était en bout de course, note le directeur de l’entreprise. Lors des pics d’activité, quand les flux quotidiens doublent ou triplent par rapport à la normale, nous parvenions tout juste à traiter 50 000 colis dans la journée. Désormais nous avons une capacité à en gérer jusqu’à 70 000. Et avec de meilleures conditions de travail."

Flux

Si la chaîne est moins bruyante et équipée, à certains endroits, de monte-charge permettant aux manutentionnaires d’y déposer les colis sans se casser le dos, les grands principes de fonctionnement et le déroulé de la journée restent les mêmes qu’avant. De 7 heures à 17 heures, Prisme traite, d’un point de vue logistique mais aussi informatique, les flux allers, c’est-à-dire ceux qui partent des éditeurs-distributeurs vers les librairies de province mais aussi de Belgique et du Luxembourg. De 7 heures à midi, sont traités les offices puis, de 13 heures à 15 heures, les réassorts. A partir de 18 heures et jusqu’à 23 heures, le mouvement s’inverse : sont alors traités les flux retours, des librairies vers les éditeurs-distributeurs. "Pour l’aller, tout ce qui arrive avant 15 heures est en principe envoyé aux librairies dans la journée, ou, au plus tard, le lendemain, assure Bouchaïb Moudakir. Mais, en 2018, nous devrions pouvoir repousser ce cut-off d’une heure, c’est-à-dire traiter les flux qui arrivent jusqu’à 16 heures et faire partir les camions jusqu’à 18 heures. D’autant qu’étant situé à l’entrée de l’A 86, notre nouveau site permet aux transporteurs d’échapper aux embouteillages du périphérique."

Prisme en chiffres

6 500 m2

25 000 colis traités en moyenne chaque jour, soit 6 millions par an avec la possibilité de passer à 8 millions

60 à 120 employés selon les périodes

Près de 4 000 clients : 3 000 libraires en province, en Belgique et au Luxembourg ; 900 éditeurs-distributeurs

20 % de flux retours par rapport aux flux allers

Deux minutes sur la chaîne

1. Les palettes sont déchargées et les colis déposés sur la chaîne de convoyage.

2. Identifiés grâce à leur code-barres par des scanners automatiques installés sur la chaîne, les colis sont pesés et étiquettés avec les informations clés : nom du transporteur choisi par le libraire, nom et adresse de la librairie…

3. Les colis tournent sur la chaîne de tri jusqu’à la goulotte de sortie correspondant au quai d’expédition de leur transporteur. Si un colis n’est pas reconnu correctement au premier passage, il effectue jusqu’à cinq tours de piste. Si l’anomalie persiste, il est orienté vers une sortie spécifique où il sera traité manuellement.

4. Regroupés au pied des goulottes, les colis sont chargés sur des palettes, lesquelles sont ensuite rangées dans les camions des transporteurs.

5. Des bons de livraison sont adressés aux clients finaux pour les informer de ce qui leur sera livré le lendemain.

Disposant d’un entrepôt plus grand, avec 70 portes de quai réparties de chaque côté du bâtiment, la nouvelle chaîne est équipée d’injecteurs et de trieurs plus nombreux et plus rapides, avec, pour ces derniers, une capacité de traitement de 10 000 colis à l’heure, contre 6 000 auparavant. De même, le nombre de goulottes de sortie, correspondant chacune à un quai d’expédition, a été porté de 22 à 28.

Par ailleurs, la chaîne intègre désormais en ses points stratégiques des caméras de surveillance connectées aux écrans d’ordinateurs des bureaux. "Cela permet de détecter rapidement un problème, de savoir où il se trouve et d’y envoyer immédiatement le technicien", argumente Bouchaïb Moudakir.

Maîtrise des coûts

Devant l’investissement consenti par Geodis, soit plus de 4 millions d’euros, la Clil s’est engagée pour dix ans auprès de Prisme qui, en retour, s’est engagé à maîtriser les coûts facturés à parts égales entre les éditeurs-distributeurs et les libraires. "Nous sommes même à coût égal pour nos clients aujourd’hui", précise Bouchaïb Moudakir, conscient que l’enjeu va désormais être d’alimenter les nouvelles capacités de la chaîne. "2018 devra être une année de développement", assure ce dernier.

Alors que 2016 a été marquée par la perte de la Fnac, avec l’arrêt du traitement des flux retours pour ses magasins de province, Prisme gère depuis un an tous les flux de livres (aller et retour) des succursales de province de Cultura, et elle vient de conclure, la demande de l’enseigne, précise Bouchaïb Moudakir, un accord pour gérer aussi, au cours des trois prochaines années, les flux de ses magasins franciliens". C’est la première fois que la plateforme sort ainsi de son périmètre géographique, même si Hachette est, parmi les remettants, le premier, et pour l’heure le seul, à avoir accepté cette innovation. S’il mise clairement sur les besoins croissants des grandes surfaces culturelles, qui développent leur parc de magasins à marche forcée et doivent les alimenter en livres, Bouchaïb Moudakir envisage aussi de proposer les prestations de Prisme à d’autres produits culturels intéressant les librairies, tels la papeterie ou les CD-DVD. Comme entreprise privée, Prisme doit rentabiliser son nouvel outil.


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