Les grands groupes d’édition implantés aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni commencent à toucher les bénéfices de leurs investissements dans le numérique, vu les derniers résultats de ceux qui sont cotés en Bourse. Lagardère explique ainsi une partie de l’amélioration de la marge opérationnelle (+ 1,4 point) de sa branche édition, Hachette Livre, « par la part croissante du numérique ». Au premier semestre 2013, le chiffre d’affaires généré par la vente d’ebooks a atteint 103,6 millions d’euros, en progression de 34 %. Le numérique représente 11,3 % de l’activité du groupe, dans une situation très contrastée : aux Etats-Unis, il assure 34 % des ventes en littérature générale pour adultes, et 31 % au Royaume-Uni, contre dix fois moins en France (3,2 %), où il a toutefois triplé. Sous l’effet de ce basculement des marchés anglophones, la vente de livres papier a même reculé à 810,4 millions d’euros au premier semestre 2013, contre 828 millions d’euros à la même période l’an dernier.
Le recul des ventes papier au profit du numérique, avec une amélioration de la rentabilité à la clé, caractérise les résultats de la plupart des autres groupes actifs sur ces deux grands marchés de langue anglaise. C’était déjà perceptible chez Bloomsbury sur l’exercice 2012-2013, avec un repli des ventes papier (- 2 %), largement compensé par le numérique (+ 71 %), un CA global stable (98,5 millions de £) mais un bénéfice avant impôt dynamique (+ 16 %, à 9,8 millions de £). C’est spectaculaire au premier semestre 2013 chez Simon & Schuster : les ventes papier reculent (- 9,6 %), le numérique progresse vivement (+ 26 %), le CA global s’effrite (- 1,3 %, à 360 millions de dollars), mais la marge double (30 millions de dollars), selon Publishers Weekly. Random House recule de 3,3 %, après les records de vente de Fifty shades aux Etats-Unis, mais le résultat progresse encore de 3,5 %, à 117 millions d’euros. L’effet numérique est toutefois moins net chez Penguin, Harlequin, ou Wiley, encore en phase d’investissement.
Il est en revanche indiscutable chez Reed Elsevier, le leader de l’édition scientifique, qui a près de vingt ans d’expérience dans ce domaine. Le groupe a annoncé un CA semestriel stable, à 3 milliards d’euros, avec 29 % de marge opérationnelle, en hausse de 5 %. Pour la seule branche STM, elle atteint 37 %, en hausse de 1 %. Hervé Hugueny