Le philosophe du langage George Steiner est mort | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, avec AFP, le 04.02.2020 à 12h16 (mis à jour le 04.02.2020 à 13h00) Disparition

Le philosophe du langage George Steiner est mort

George Steiner en 2013 - Photo THENEXUSINSTITUTE - CC BY 3.0

Le penseur franco-américain, spécialiste de l’expression humaine, est mort, lundi 3 février, à l’âge de 90 ans.

L'essayiste et critique littéraire franco-américain George Steiner est mort lundi 3 février à l'âge de 90 ans à son domicile à Cambridge, en Angleterre, a annoncé son fils David Steiner au New York Times. Il est l'auteur de dizaines d'essais sur le langage et la parole, principalement parus chez Gallimard, Albin Michel et au Seuil.
 
Noir sur Blanc a annoncé la réédition dans la  collection "La Bibliothèque de Dimitri", le 5 mars, d’un roman de l’auteur, Le transport de A. H. (dans une nouvelle traduction par Christine de Montauzon), l'un de ses rares romans. Il s'agit d'un thriller moral sur l’architecte de l’Holocauste, Adolf Hitler, en exil en Amazonie. L’ouvrage sera accompagné d’une postface inédite de l'auteur, où il écrit: "La provocation [de A.H.] se révèle plus indécemment pertinente aujourd’hui qu’au moment de la publication de ce livre."

La capacité à écrire et à parler
 
Né en 1929 à Paris au sein d'une famille juive d'origine viennoise, "vagabond reconnaissant", "hanté par la Shoah", George Steiner a enseigné dans les prestigieuses universités américaines de Princeton, Yale et New York, ainsi qu'à Cambridge et à Genève. Il a été longtemps éditorialiste à The Economist et chroniqueur au New Yorker (chroniques compilées dans Lectures, Gallimard, 2010).
 
Son thème de prédilection était la capacité humaine à écrire et à parler, dont il a tiré une œuvre clé parue en 1967, intitulée Langage et silence (Le Seuil, 1969). Ses réflexions épousaient un spectre allant de la religion à la musique, la peinture et l'histoire, avec des œuvres marquantes comme Dans le château de Barbe-bleue. Notes pour une redéfinition de la culture (Gallimard), Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction (Albin Michel), Les Antigones (Gallimard), La longue vie de la métaphore. Une approche de la Shoah (Minuit), Extraterritorialité. Essai sur la littérature et la révolution du langage (Calmann-Lévy), Une certaine idée de l'Europe (Actes sud), Ceux qui brûlent les livres (L'Herne). Dans Fragments (un peu roussis), paru chez Pierre-Guillaume de Roux en 2012, il livrait un testament stoïque sur le sens de la vie.

"Nous perdons un penseur majeur"

"Le grand, le subtil, l'exigeant George Steiner, laisse une œuvre vertigineuse, d'une érudition iconoclaste, hantée par la monstruosité engendrée par la grande culture européenne", a réagi sur Twitter l'écrivain Jacques Attali, rendant hommage à "un ami attendrissant, masquant noblement de grandes blessures".
 
"Avec la disparition de George Steiner, nous perdons un penseur majeur. Son érudition littéraire immense donnait du bonheur à tous ceux qui le lisaient ou l'écoutaient", a commenté sur le même réseau social le ministre français de l'Education, Jean-Michel Blanquer.
 
Selon le New York Times, l'écrivain était aussi une "figure clivante" : "les admirateurs de M. Steiner trouvaient son érudition et ses arguments brillants. Les détracteurs le trouvaient verbeux, prétentieux et souvent inexact".
 
George Steiner "est un maître du mot et l'une des rares figures de notre temps à disposer d'un savoir universel de notre temps", avait déclaré l'ancien ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer en lui remettant le prix allemand Ludwig-Boerne de la critique et des essais littéraires en 2003. Il avait reçu la Légion d'honneur en 1984, le prix PEN/Macmillan Silver Pen Award en 1992 et le Prix Prince des Asturies en 2001, en plus d'être docteur honoris causa de plusieurs universités.
 
George Steiner laisse derrière lui sa femme Zara Alice Shakow, une historienne des relations internationales, un fils, une fille et deux petits-enfants.

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