2 FÉVRIER - DOCUMENT France

"Vous feriez la fête tous les soirs, vous ne boiriez que du champagne, vous nageriez dans le parfum, et vous auriez une nouvelle liaison toutes les heures !" La description de Paris faite à Audrey Hepburn par Fred Astaire dans Drôle de frimousse est certes exagérée, mais n'est pas si éloignée de l'idée qu'on se fait à l'étranger d'une France régie par des principes hédonistes. La romancière américaine Edith Wharton notait déjà au sujet des Français : "De leur liberté d'esprit combinée à la finesse de leurs sens, ils ont tiré la sensation qu'ils appellent le plaisir."

Plus proche de nous, Elaine Sciolino, ancienne reporter de guerre et correspondante du New York Times à Paris, mène l'enquête. S'il y a bien aujourd'hui un avant et un après DSK, et que l'affaire du Sofitel de New York ait sans doute décillé les yeux de quelques-un(e)s sur l'indulgence de la société française vis-à-vis de l'attitude prédatrice de la gent mâle, la journaliste observe que la séduction a ici encore de beaux jours. Mais "séduction" dans la langue de l'auteur de Dom Juan ne signifie pas forcément "sexe", contrairement à l'anglais qui ne lui accorde qu'une acception négative : to seduce, c'est obtenir une gratification sexuelle par la tromperie. On découvre au fil de l'enquête Inès de la Fressange, Pascal Bruckner, Pierre Assouline, BHL, Raphaël Enthoven... en exégètes de la séduction à la française. Politiciens, publicitaires, businesswomen ou femmes du monde sont autant de témoins de cette propension hexagonale à préférer les préliminaires à l'acte, ou la théorie au vif du sujet, ou disons, un goût immodéré pour la conversation, un besoin pathologique d'auréoler le sexe du charme de la culture. Voici également une anatomie en creux d'une Amérique puritaine où faire un compliment à une collègue équivaut à du harcèlement. La Française, loin de s'offusquer que quelque inconnu la siffle, passe son chemin en souriant, se disant : "Quelle belle journée !"

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