Essai/France 2 mai Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz

Selon Hésiode, l'histoire de l'humanité se divise en âge d'or, âge d'argent, âge d'airain, âge des héros, âge de fer. L'âge d'or était idéal, la suite n'est qu'une longue dégringolade. Sous l'Antiquité : c'était toujours mieux avant, lorsque nous partagions la table des dieux. Avec les modernes, fini de se prosterner devant une transcendance qui nous dépasse : l'Homme est au centre, debout, le regard rivé vers une aube meilleure. Grâce aux lumières de la science, il marche droit sur la route du progrès. En ces prémices du nouveau millénaire : on n'arrête pas le progrès, grâce à la révolution cybernétique initiée par Norbert Wiener, plus de limites, zéro frontières, c'est l'hyper-horizontalité, la mondialisation, à mort la mort, on abolira bientôt l'ultime limite, le virtuel prendra le dessus sur le réel, la réalité augmentée primera sur la réalité. En évacuant le mystère et le tragique, la vision moderne prométhéenne n'a pas tenu compte de la catastrophe. La catastrophe est devenue notre condition, et nous vivons « l'âge de la fin », ainsi l'annonce l'essai signé Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz, Tout est accompli. Mais face à cette impossibilité d'agir, les auteurs de cette réflexion tout à fait singulière et aux accents judéo-chrétiens, n'exhortent pas à l'abdication nihiliste. Ils proposent de s'en sortir par une certaine brèche dans notre réalité catastrophique, « une courbure du temps », la porte étroite qui mène au-delà de la nuit obscure, ils invitent à accéder au « Royaume ». Le Royaume serait l'antithèse de ce qu'il nomme le « Dispositif », cette réalité aplanie par la communication instantanée et les réseaux dits sociaux, un monde réduit à sa standardisation globalisée sous l'unique loi du marché, à une identité algorithmique et son langage mathématique.

Pour le trio d'écrivains qui analyse la modernité occidentale, de Galilée à la Shoah, de la mort de Dieu proclamée par Nietzsche à l'homo deusde Harari ou au transhumanisme, il s'agit bien de trouver là salut par le verbe.« La parole-le Royaume-ces deux notions ne renvoient qu'à une seule réalité. »Mais pas un verbe haut, un verbe humble, blessé, incarné dans la fragilité du vivre (il faut mourir pour ressusciter),« Seulun cœur trouéest capable d'accueillir la présence du Ressuscité ; seule une béance peut recevoir ce qui déborde temps et espace. »

Yannick Haenel, François Meyronnis, Valentin Retz
Tout est accompli
Grasset
Tirage: 5 000 ex.
Prix: 22 euros ; 368 p.
ISBN: 9782246862581

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