Rentrée littéraire 2021

Leonardo Padura, « Poussière dans le vent » (Métailié) : Dispersion

Leonardo Padura - Photo © IVAN GIMÉNEZ TUSQUETS EDITORES

Leonardo Padura, « Poussière dans le vent » (Métailié) : Dispersion

Leonardo Padura embrasse dans une impressionnante fresque le destin d'un groupe de Cubains, amis de jeunesse, exilés aux quatre vents. Tirage à 15000 exemplaires.

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Par Véronique Rossignol,
Créé le 09.06.2021 à 10h00,
Mis à jour le 08.07.2021 à 17h16

« Je voulais être un écrivain cubain, écrivant à Cuba sur Cuba » confiait Leonardo Padura au Monde en 2019 à la parution de La transparence du temps. Fidèle depuis toujours à ce projet, l'écrivain ajoute à son œuvre déjà largement rayonnante cet impressionnant roman d'amour et d'exil qui concentre tous ses talents : sens du romanesque, curiosité documentée du journaliste qu'il a été, art du suspense de l'auteur de polar qu'il est. Tout commence en 2016 en Floride lorsqu'Adela, 26 ans, née à New York, reconnaît sa mère Loreta Fitzberg, Cubaine exilée, sur une photo postée sur Facebook par Clara, la mère de son amoureux, Marcos, un réfugié Cubain qu'elle a rencontré à Miami où elle a fait ses études. Sur la photo qui date de janvier 1990, un groupe d'amis posant devant une maison dans un quartier excentré de La Havane, réunis pour les 30 ans de Clara. Et parmi eux, une jeune femme enceinte que Marcos identifie comme Elisa Correa, disparue sans laisser d'adresse quelques jours après le suicide de l'ami artiste auteur du cliché. Le roman va éclairer tour à tour les trajectoires des protagonistes pendant qu'Adela et Marcos mènent l'enquête pour élucider les mystères qui entourent le passé commun de leurs parents.

Et comprendre les liens qui unissaient ce groupe de jeunes gens diplômés et cultivés, ce « Clan » gravitant autour de la maison de Clara et dont Elisa/Loreta était la figure centrale.

« Que nous est-il arrivé ? » Cette question reviendra souvent dans la bouche des vieux amis dispersés dans l'exil que l'on suit de La Havane au ghetto cubain de Hialeah, près de Miami, à Madrid, à Barcelone, à Porto Rico, dans West Harlem à New York, à Buenos Aires et jusque dans un ranch du nord-ouest des États-Unis... Car à Cuba ne restent que Clara et Bernardo, le premier mari d'Elisa devenu le second de Clara, Clara l'ingénieure qui a affronté en « guerillera experte dans l'art de la survie » la dure décennie qui a suivi la chute du Mur, et a vu tout le monde s'en aller. Le roman décrit d'une époque l'autre les stratégies et les combines pour quitter Cuba, pour vivre hors de l'île. Il met surtout en lumière la complexité des motivations. Le besoin de revanche sociale de Dario, l'ex-mari neurochirurgien de Clara, la dépression du métis Horacio docteur en physique, lui-même fils d'un balsero, la peur d'Irving l'homosexuel, l'opportunisme des architectes Fabio et Liuba... La plongée dans les destins singuliers fournit d'autres clés que l'oppression du régime politique ou les pénuries pour justifier le départ. On peut rester par lâcheté. Par courage. Ou émigrer pour les mêmes raisons. Par amour ou désamour, pour protéger ses proches ou fuir la honte que l'on éprouve à leur égard. Fuir comme l'intrigante Elisa sans jamais se retourner. Ou au contraire se sentir, loin de Cuba, condamné « à vivre une existence en suspension, avec les racines apparentes ». L'exil paraît fait d'autant d'espoir que de désespoir. Ce qui lie ceux qui sont partis comme ceux qui restent, c'est peut-être le sentiment de ne pas avoir eu le choix.

Leonardo Padura
Poussière dans le vent Traduit de l'espagnol (Cuba) par René Sollis
Métailié
Tirage: 15 000 ex.
Prix: 24,20 € ; 640 p.
ISBN: 9791022611473

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