C’est avec appréhension que certains libraires abordent l’automne. « Serai-je prêt pour la rentrée littéraire ? » s’inquiète Alain Pouleau, à la tête de la Librairie centrale à Ferney-Voltaire (Ain). L’établissement (85 m2, 600 000 euros de CA) est confronté à des difficultés financières qui limitent sérieusement ses capacités d’approvisionnement. Depuis la mi-juin, il a d’ailleurs été placé en redressement judiciaire. Evaluant à plus de 100 000 euros ses besoins, Alain Pouleau « bataille pour trouver des solutions » avec les éditeurs et les institutions, tandis que ses clients viennent de créer l’Association des lecteurs de la Libraire centrale (Amilib). Forte d’une centaine de membres, celle-ci entend contribuer à la sauvegarde de l’établissement en l’aidant à organiser des rencontres culturelles, en lui apportant des compétences extérieures (en informatique, communication…), voire des soutiens financiers.
Spontanée ou sollicitée, cette solidarité des clients est un phénomène qui n’est plus rare et qui a parfois d’heureux résultats. En témoignent certains sauvetages, dont celui de la librairie de Poligny (Jura) en 2009 ou plus récemment de celle d’Egreville (Seine-et-Marne). Mise en difficulté par sa banque qui ne voulait plus couvrir des dettes liées à son activité de presse arrêtée en 2011, cette dernière a pu apurer son passif cet été grâce à une cagnotte ouverte par ses lecteurs et remplie en quelques semaines des 10 000 euros nécessaires.
En faisant entrer en 2010 dans son capital l’association des amis de la librairie, La Belle Aventure à Poitiers a choisi de son côté un cadre structuré. Ce qui lui permet aujourd’hui, alors qu’elle traverse une période difficile liée à la défection d’un banquier, de compter avec un véritable partenaire capable de l’aider aux côtés des fournisseurs et des pouvoirs publics.
Dans un autre registre, la librairie des Orgues, à Paris (19e), a lancé cet été, sur le site de financement participatif Bulbintown.com, une campagne pour obtenir 6 000 euros destinés à l’achat de canapés pour son nouveau magasin de 260 m2 qui ouvrira le 4 septembre au 108, avenue de Flandres avec un espace de restauration. Comme l’explique sa gérante, Rosa Tandjaoui, « sur un projet de 480 000 euros, l’appel à nos clients ne relevait pas d’une démarche financière vitale. Il visait surtout à faire passer le message de notre déménagement dans l’avenue de Flandres, du numéro 82 au 108, et à favoriser une appropriation du nouveau lieu par nos clients ». Dans l’air du temps, l’économie solidaire séduit. Clarisse Normand
