8 OCTOBRE - NOUVELLES États-Unis

Richard Yates- Photo JERRY BAUER/OPALE/ROBERT LAFFONT

Depuis la réédition de La fenêtre panoramique ("Pavillons poche") et le succès de son adaptation cinématographique par Sam Mendes, on sait que Richard Yates est plus que quiconque l'écrivain des ratages. Celui des fêlures indélébiles, des rêves qui se brisent, des existences malmenées. Après deux romans magnifiques et terribles, Easter parade (2010) et Un été à Cold Spring (2011), la collection "Pavillons" de Robert Laffont propose un superbe recueil des nouvelles de l'Américain, né en 1926 à Yonkers, dans l'Etat de New York, et mort en Alabama en 1992.

Menteurs amoureux rassemble des textes de la fin des années 1970 et du début des années 1980, mettant souvent en scène des enfants et des adultes, et montrant un Yates au sommet de son art. "Oh Joseph", la première, parle d'Helen et de son fils Billy. La mère n'est pas une très grande sculptrice, et ses oeuvres ont "toutes l'aspect un peu figé du travail d'amateur". Voici une femme qui aime l'aristocratie, qui est séparée du père de ses enfants, directeur régional adjoint du service commercial d'un fabriquant d'ampoules.

Quand Billy avait 7 ans, elle s'était mis en tête de façonner le buste du président Franklin D. Roosevelt. En bonne républicaine, elle n'avait pourtant pas voté pour lui, mais pour Hoover. Roosevelt, elle aimait ses bosses et trouvait sa tête intéressante... Dans "Une fille unique en son genre", on suit le parcours de Susan Andrews, la cadette des filles de la famille. A 20 ans, elle annonce un jour à son père, l'un "des cinq hématologues les plus réputés des Etats-Unis", qu'elle ne l'aime plus.

A 8 ans, elle était déjà capable d'affirmer qu'elle n'appréciait pas Alice au pays des merveilles puisqu'il s'agissait à ses yeux d'un "rêve enfiévré". Adulte, elle est tombée amoureuse de son professeur d'histoire, Dave Clark. Un homme divorcé, de deux fois son âge, qui lui dit avoir trouvé la sérénité avec elle. Et des années plus tard, lorsqu'ils seront mariés et auront une fille, il lui assénera : "Le monde est aussi gentil qu'un gros tas de merde. Le monde n'est que lutte, viol, humiliation et mort..."

Quant à "Menteurs amoureux", qui donne son titre au recueil, on peut y lire ce qui arrive à Warren Matthews, un boursier venu étudier à Londres, que sa femme laisse en plan pour repartir aux Etats-Unis avec leur fille, et qui rencontre alors une jeune prostituée, mère d'un bébé de 6 mois...

Parfaitement composées et orchestrées, les nouvelles de Richard Yates serrent le coeur, toutes cruellement tragiques et poignantes.

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