Depuis son lancement en 2024, on ne savait pas vraiment comment qualifier la Lettre Zola : média littéraire par abonnement, missive éditoriale, ovni postal ? Deux ans plus tard, le projet fondé par Louis Vendel, par ailleurs directeur de collection chez Robert Laffont, et son ami d'enfance Manor Askenazi, franchit une nouvelle étape, revendiquant désormais le statut de maison d'édition.
Depuis sa création, Lettre Zola a publié une trentaine de titres, des récits courts consacrés à des sujets de société contemporains, envoyés chaque mois dans la boîte aux lettres de ses abonnés. Un format pensé comme une porte d'entrée vers la lecture, notamment pour des publics désemparés face à la surabondance de titres sur les étals.
Dès l'origine, pourtant, l'ambition dépassait ce seul canal. « On se disait qu'un jour ou l'autre, on irait en librairie », explique Louis Vendel. C'est désormais chose faite. À partir d'octobre, Lettre Zola, dorénavant accompagné par le CDE, sera distribué en librairie. Un basculement initié par le titre Vladimir m'a pris Vadim de Paul Gasnier, récit d'une fracture intime entre l'auteur et son cousin franco-russe, désormais acquis à la cause de Poutine, un nouvel éclairage sur la guerre en Ukraine. L'ouvrage bénéficie d'ailleurs d'un tirage ambitieux de 10 000 exemplaires.
Une réponse aux mutations du secteur
L'arrivée de Lettre Zola en librairie ne signe pas pour autant la fin du modèle postal, pensé jusque-là comme une curation éditoriale pour les lecteurs, et comme une « respiration littéraire », pour les auteurs et autrices parmi lesquels François-Henri Désérable, Alice Develey, Arthur Dreyfus ou encore Hélène Zimmer, qui se sont prêtés à l'exercice. « Lettre Zola est désormais une maison d'édition dotée de deux canaux de vente », affirme Louis Vendel.
Pour les fondateurs de la structure, cette hybridation peut incarner une forme de réponse aux mutations du secteur : « Il y a évidemment la crainte de reposer uniquement sur un modèle traditionnel, dans un contexte où le prix du livre continue d'augmenter, tandis que les gens se désintéressent de la lecture. À ce titre, ce que nous proposons s'adapte peut-être mieux à de nouveaux usages. »
Ce terrain agile expérimental fait ainsi écho à une conviction : les innovations éditoriales émergent souvent à l'initiative de petits acteurs « qui font des propositions complémentaires à ce que peuvent offrir les grandes maisons. »
