Léon XIV s'apprête à fouler le sol français du 25 au 28 septembre. Une première visite pontificale depuis celle de Benoît XVI en 2008. L'événement, sans commune mesure logistique avec des JMJ, n'en interroge pas moins tout un secteur : celui de l'édition religieuse catholique, un segment de niche qui affiche une santé à rebours du marché général du livre.
Une croissance continue
« On est à l'envers du marché », résume à Livres Hebdo Aymeric Jeanson, directeur éditorial depuis quatre ans des Éditions de l'Emmanuel, sa maison affichant une croissance continue au cours des dernières années.
L'équipe éditoriale est passée de 9 à 16 personnes, la production de 50 à une centaine de titres annuels. « Un palier de production autour duquel nous sommes en train d’optimiser notre organisation » (lire par ailleurs), assure l’ancien éditeur BD chez Bayard, encore directeur de collection chez Glénat.
Sur le segment éditorial, le marché se compose d’une petite trentaine d’éditeurs affiliés au Syndicat national de l’édition, qui évoque un chiffre d’affaires de 38,5 millions d’euros en 2025, livres d’ésotérisme et d’occultisme compris, avec « une légère hausse par rapport à 2024 » pour le rayon religieux.
La hiérarchie reste dominée par les Éditions du Cerf, portées notamment par la propriété de la traduction de la Bible de Jérusalem, dont une réédition intégrale est annoncée pour l'an prochain. Suivent le groupe Élidia (Le Rocher, Artège…), Salvator, et les Éditions Mame, adossées à Média Participations. « Nous sommes le plus gros des petits, ou le plus petit des gros », résume Aymeric Jeanson.
Un maillage stable de 250 points de vente religieux
Malgré la fermeture de quelques boutiques de monastères, le tissu de diffusion reste, lui, stable, avec environ 250 points de vente religieux en France. À Lyon, par exemple, la Procure a repris une librairie place Bellecour, tandis qu'une plus petite enseigne du groupe AVM a fermé.
Parmi ces détaillants, la quarantaine de boutiques saisonnières adossées à des monastères sont ouvertes seulement une partie de l'année. Le groupe AVM, situé à Paray-le-Monial, y dresse chaque été sous une tente « la plus grande librairie religieuse éphémère de France » qui participe de manière substantielle au chiffre d’affaires du groupe.
La visite pontificale en France, programmée sur le tard à la fin du printemps dernier, ne devrait pas avoir d’incidence sur la proposition éditoriale des acteurs catholiques du secteur, qui ont tous publié l’encyclique du pape sur l'intelligence artificielle, écoulé à près de 150 000 exemplaires depuis sa parution le 25 mai dernier. « Elle interpelle le monde contemporain, très au-delà des chrétiens, sur une rupture anthropologique », rappelle l’éditeur, qui en a écoulé plus de 8 000 exemplaires selon NielsenIQ BookData, et 1 500 exemplaires cet été à la librairie éphémère de Paray-le-Monial où transitent autour de 20 000 visiteurs en six semaines. Un score « qui n'a pas attendu la venue du pape », remarque Aymeric Jeanson.
De fait, la maison n'a prévu aucune sortie dédiée à la visite de Léon XIV. « On s'est refusé à revoir tout le travail des commerciaux pour sortir un livre en un mois », précise le directeur éditorial, qui a préféré avancer la parution d'une biographie de Thérèse de Lisieux signée Luc Adrian pour échapper « au trou noir médiatique » anticipé autour du déplacement pontifical, période durant laquelle les médias porteurs habituels seront happés par l'actualité vaticane.
Au-delà de l'événement, l'éditeur observe un mouvement de fond : l'arrivée en librairie et en paroisse de jeunes en quête de foi, catéchumènes et néophytes, qui réclament une offre de vulgarisation religieuse pensée « comme un rez-de-chaussée », sans marche à l'entrée.
Collection en contre-point de la dark romance
Une demande qui irrigue aussi le catalogue jeunesse, où de nouvelles gammes visent à élargir le public : collection cartonnée pour les 1-3 ans, bande dessinée pour les 8-11 ans lancée en octobre prochain, romance young adult à forte teneur familiale « pour donner des repères aux familles » en contrepoint explicite du phénomène dark romance.
Cette expansion du catalogue s'accompagne d'une refonte technique interne, portée par la solution Altho Edit, déployée depuis le début de l'année, dans un contexte de transition d'ERP consécutive au piratage subi par le groupe AVM via Octave il y a deux ans. Un chantier qui doit encore mobiliser, selon Aymeric Jeanson, « quelques semaines ou mois » avant que l'ensemble des flux informatiques ne batte au même rythme.
