23 août > PREMIER Roman France > Sébastien Spitzer

"Flirter du mieux possible avec le vraisemblable pour imaginer le reste, tout ce que l’Histoire néglige", telle est la philosophie de Sébastien Spitzer. Journaliste free-lance pour TF1, M6 ou Rolling Stone, il a publié les essais Raisons d’Etat, contre-enquête sur le juge Bruguière ou Ennemis intimes. Il met cette fois son regard implacable au service de la fiction. Son premier roman, très littéraire, suit les pas de Magda Goebbels, quelques jours avant sa mort. L’épouse du ministre de la propagande nazie est restée dans les annales pour son suicide "collectif" avec ses six enfants. Comment cette Médée a-t-elle vécu ses dernières heures dans le bunker d’Hitler ?

Seul un romancier peut s’aventurer dans cette zone d’ombre. Au moment de la chute du Reich, il suit inexorablement la dérive de cette femme insondable. "Une vie de reine, et puis, et puis… Elle en est là. L’instant de l’abîme…" Celui qu’elle a voulu éviter à tout prix, quitte à camoufler sa jeunesse. "Elle avait tant souffert avant de devenir quelqu’un. Elle a été à la hauteur. Elle a menti. Elle a collé au personnage qu’on avait voulu faire d’elle. Digne de son rôle."

Assoiffée de pouvoir, Magda préfère oublier qu’elle a été élevée par un beau-père juif adoré. Richard Friedländer subit le même sort que ses congénères : la déportation. "Ce camp est un accélérateur. Il ruine toute espérance", si ce n’est celle d’écrire, encore et toujours, à sa fille chérie. Des bouts de papier arrachés au Schéol, que d’autres passeurs vont transporter en bravant la mort.

Qu’ils se nomment Aimé, Judah, Fela ou Ava, ces personnages lumineux traversent des dépotoirs innommables, tel le bordel d’Auschwitz, sans perdre une once de leur humanité. La survie est leur moteur. "Pas le choix. Pas le temps. Il faut s’oublier. Oublier l’épuisement. Oublier les blessures" physiques et mentales. "Je souffre, donc je suis." Alors que leurs voix s’élèvent des ténèbres, Magda se laisse engloutir par la sienne. Sébastien Spitzer se glisse avec beaucoup de finesse dans l’horreur subie ou véhiculée. Celle qui a laissé son empreinte dans les livres d’Histoire, et qu’il arrache à l’oubli. Kerenn Elkaïm

Sébastien Spitzer
Ces rêves qu’on piétine
Les Éditions de l’Observatoire
Tirage : 6 500 ex.
Prix : 20 euros ; 308 p.
ISBN : 979-10-329-0071-0





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