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Librairie : le boom des catalogues de recommandation

Page des libraires travaille avec 70 éditeurs-partenaires qui participent à son financement. - Photo © MARIE INGRID SVENDSEN

Librairie : le boom des catalogues de recommandation

Les libraires, aussi, diffusent leurs coups de cœur, à travers des catalogues de recommandation, de plus en plus nombreux.

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Par Cécile Charonnat,
Créé le 13.11.2021 à 09h30,
Mis à jour le 13.11.2021 à 10h00

Les coups de cœur des libraires seraient-ils achetés et achetables ? Extrêmement sensible, provocatrice et jamais vraiment énoncée aussi abruptement, la question n'en circule pas moins régulièrement dans le petit monde du livre. Epargnant les notules déposées en magasin sur les livres aimés et défendus par les libraires, elle concerne surtout leurs catalogues de recommandation qui se sont multipliés en quelques années, qu'ils soient produits individuellement ou par des groupements de professionnels indépendants, et pèse particulièrement sur ceux émanant des grandes enseignes.

Une telle suspicion provient de deux facteurs : le financement de ces publications qui sont parfois tirées à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires et représentent un coût certain pour une profession dont on sait que les marges économiques sont faibles, et l'opacité qui règne sur ce même financement. S'il est de notoriété publique que les éditeurs « accompagnent » la plupart des catalogues, reste à savoir dans quelle proportion et surtout comment.

Rien de très sulfureux pourtant. Mais dès qu'il y a financement, il y a suspicion. Que ce soit uniquement par la publicité comme dans L'amour des livres, selon sa directrice Haïdi Milic, ou par une contribution plus générale, comme pour la majorité des catalogues, le financement des éditeurs ne conditionne pourtant jamais directement le choix des coups de cœur. « Le point de départ reste toujours les coups de cœur spontanés des libraires. Nous les moissonnons régulièrement grâce à un travail de veille permanent », explique Romain Plyer, le secrétaire général des Libraires ensemble qui s'est calqué sur les pratiques communément admises pour produire ses quatre catalogues par an. Une sélection s'opère ensuite en interne. Les éditeurs sont alors contactés pour leur signaler la présence d'un ou de plusieurs de leurs titres et négocier le montant de leur participation. « Mais la présence des titres n'est pas conditionnée à leur financement », insiste Romain Plyer.

La revue Page a 33 ans

Chez les Libraires ensemble, comme quasiment partout ailleurs, chaque parution donne lieu à des négociations. Certains éditeurs alertent sur des tirages un peu courts, des enjeux commerciaux différents ou s'émeuvent d'un nombre trop faible des titres présents. En gardant en tête qu'un ouvrage imposé ne rencontrera pas l'enthousiasme des libraires. Mais dans l'ensemble, le nombre croissant de catalogues de coups de cœur permet aux éditeurs de trouver une sorte d'équilibre.

Figurant parmi les plus vieilles sélections puisqu'elle fête ses 33 ans, Page des libraires fonctionne sur un autre modèle. Se revendiquant à la fois comme une « sorte de relation libraire pour les éditeurs et vecteur d'animation pour le réseau des libraires », précise Claire Gardet, responsable de la rédaction, la revue travaille avec 70 éditeurs-partenaires qui participent à son financement et proposent, pour chacun des six numéros qui paraissent dans l'année, une liste d'ouvrages qu'ils souhaitent faire découvrir aux libraires en fonction de leurs enjeux. « La sélection est suffisamment large pour que nos 2 000 libraires contributeurs s'y retrouvent et fassent leurs choix en toute liberté, indique Claire Gardet. Et s'il arrive que nous leur proposions directement un texte, c'est parce que nous avons fini par connaître leurs goûts et leurs intérêts. » La sélection finale, et la nature des articles, reste ensuite décidée en interne. Et si les libraires n'aiment pas ? « On ne retient pas », tranche Claire Gardet.


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