24 mars > Essai France > Hervé Le Bras

Les dernières élections l’ont montré, avec la confirmation d’un Front national à 25 ou 30 % : le tripartisme s’est installé dans le paysage politique français. Dans cet essai constitué de données, de cartes et de tableaux, Hervé Le Bras analyse le phénomène. Il l’aborde non pas à la manière des politologues qui vont du particulier au général, mais comme un démographe qui part du général pour s’engouffrer dans le particulier. L’arbre ne cache plus la forêt, mais la révèle d’une certaine manière. Elle met en lumière pour lui les dangers de l’installation de ce tripartisme, source de troubles dans le bon fonctionnement démocratique. Car ce qui fonctionne dans le bipartisme - la majorité des sièges revient au parti qui a obtenu la majorité des suffrages - ne marche plus dans le tripartisme.

Les chiffres parlent et ils sont même assez loquaces pour peu qu’on sache en tirer le maximum. C’est ce que fait ce directeur d’études à l’EHESS, auteur avec Emmanuel Todd du Mystère français (Seuil, 2013). Par la méthode de l’histoire contrefactuelle qui envisage ce qui aurait pu se passer de manière générale à partir du local, Hervé Le Bras refait les récentes élections depuis 2012 avec des "si" pour mettre en évidence ce qui a changé. L’auteur, qui publie également le 24 mars une Anatomie sociale de la France chez Robert Laffont, tire un bilan assez radical de ces chiffres. "Un FN à 25 ou à 30 % semble donc annoncer une longue période de domination de la droite. La fable selon laquelle Mitterrand aurait créé le FN pour affaiblir la droite se mue en son contraire." C’est assez technique dans la forme, mais très limpide sur le fond. L. L.


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