Trois millions d'entrées en France en seulement 12 jours. Avec son casting exceptionnel, L'Odyssée, nouveau blockbuster de Christopher Nolan, ne laisse personne indifférent.
Ventes en hausse
En librairie, aussi, l'effet « Odyssée » est perceptible. En témoigne notamment L’Odyssée de l’Odyssée, de Christophe Ono-dit-Biot (Grasset), qui se classe premier des ventes essais de la semaine avec plus de 11 000 exemplaires écoulés depuis sa parution en avril, d'après les données NielsenIQ BookData de la base Electre. Ce texte propose une analyse de L'Odyssée d'Homère, selon l'ordre des chants du texte original, afin de relater au plus près les aventures des héros et des dieux, tout en examinant le sens profond de cette épopée classique.
Le Livre de poche, qui a publié l'œuvre d'Homère sous une nouvelle couverture, affirme bénéficier « du succès critique et en salles du film de Christopher Nolan ». La maison d'édition précise qu'en juillet, les ventes sont « multipliées par 4 par rapport aux mois précédents ».
Pour accompagner la sortie du film, les éditeurs ont publié de nombreux livres, allant des rééditions, aux albums, en passant par des réécritures et des analyses du texte original.
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À la mesure de son succès, le film suscite par ailleurs de vifs débats. Comment condenser en quelques heures une œuvre aussi foisonnante que L'Odyssée ?
Si les figures majeures – Ulysse, Pénélope, Télémaque, Agamemnon, Circé, etc. – sont bien au rendez-vous, d'autres personnages disparaissent, à l'image d'Eurymaque, l'un des principaux prétendants de Pénélope. À l'inverse, Nolan introduit des personnages absents du poème d'Homère, tel Sinon, emprunté à une autre tradition de la guerre de Troie. Des libertés parfois mal perçues par le monde littéraire.
« L'écriture est abominable »
Parmi les premières voix à s'exprimer figure celle d'Emily Wilson, dont la traduction anglaise de The Odyssey (WW Norton&Co, 2017) est citée par Christopher Nolan parmi ses références. Dans un long article publié par la London Review of Books, et repris par Paris Match, la traductrice livre une critique particulièrement sévère. « L'écriture est abominable », affirme-t-elle. Avant de poursuivre : « Aucun des personnages n'a de motivation convaincante pour ses actions ou ses paroles. Il n'y a pas de scènes de sexe, et toute la nourriture a l'air horrible. » Selon elle, l'adaptation « manque de profondeur psychologique, émotionnelle, politique et éthique ».
Emily Wilson nuance toutefois son jugement en reconnaissant que le succès du film a ravivé l'intérêt du public pour Homère et contribué à stimuler les ventes des différentes traductions, y compris la sienne.
Le philosophe et écrivain Michel Onfray se montre lui aussi très critique. « J'attendais son Odyssée avec impatience. J'ai été déçu à la hauteur de mon emballement… », confie-t-il au Journal du Dimanche. Avant de conclure, sans ménagement : « Ce film montre dans toute sa splendeur ce que font de mieux les Américains : du bruit et de la fureur dans un désert intellectuel total. »
Une lecture « juste » de l'œuvre d'Homère
Néanmoins, le philosophe helléniste Mark Alizart, souligne dans une tribune au Nouvel Obs le génie artistique de Christopher Nolan. Il estime même que le film serait « plus juste sur l’œuvre d’Homère que beaucoup de livres érudits en dépit de ses invraisemblances historiques et des libertés qu’il prend avec le texte ».
Le philosophe considère encore que le réalisateur a su retrouver, « sous la masse démesurée de son blockbuster », le sens de L'Odyssée. « Elle raconte l’histoire d’un détraquement non pas seulement des mœurs mais du cosmos tout entier, des saisons et du temps. »
