À l’occasion du Festival du livre de Paris, vendredi 17 avril, les éditions Le Lombard et Gallmeister ont annoncé le lancement d’une nouvelle collection de bandes dessinées consacrée à l’adaptation d’œuvres du catalogue Gallmeister. Cette initiative marque un rapprochement inédit entre deux maisons aux identités fortes, l’une spécialisée dans la bande dessinée, l’autre reconnue pour son catalogue de littérature américaine contemporaine.
Une dizaine de titres d'ici 2030
Parmi les premiers titres annoncés figure notamment Betty de Tiffany McDaniel (362 139 exemplaires vendus en grand format et poche), dont l’adaptation signée Amélie Causse et Jean-Luc Cornette est prévue pour septembre prochain. Autre adaptation en préparation : Le Gang de la clef à molette d'Edward Abbey par Jean-Baptiste Hostache. Ces ouvrages s’inscrivent dans une programmation plus large, avec « quatre à cinq premiers titres prévus fin 2026-début 2027 » et « une dizaine à une douzaine d’albums programmés jusqu’à 2030 », selon Mathias Vincent, directeur éditorial adjoint du Lombard.
L’annonce a été faite lors d’une table ronde réunissant Oliver Gallmeister, directeur général des éditions Gallmeister, et Mathias Vincent. Les deux hommes ont évoqué la genèse du projet, née d’échanges progressifs autour d’adaptations de romans. « Je n’y connais rien en BD, je leur fais une confiance aveugle », a reconnu Oliver Gallmeister, évoquant une collaboration construite sur la durée malgré des débuts marqués par une certaine surprise face à l’intérêt du secteur pour ses titres.
Pour Le Lombard, cette collection repose sur un attachement fort au catalogue Gallmeister. « Toute la maison d’édition est fan », souligne Mathias Vincent, qui met en avant « un catalogue dans lequel on peut prendre n’importe quel livre et se plonger dans l’aventure ». L’éditeur insiste également sur l’ambition de long terme du projet : « J’espère pouvoir poursuivre cette collection jusqu’à ma retraite ».
« L’adaptation fait partie de la vie d’un livre »
Au-delà de l’enthousiasme éditorial, les deux responsables évoquent aussi un contexte plus large. « Pendant le Covid, beaucoup de gens ont vu la littérature comme un eldorado », note Mathias Vincent, qui estime toutefois que « l’on traverse une crise de scénario », poussant certains éditeurs à se tourner vers des œuvres littéraires existantes. Un constat nuancé par Oliver Gallmeister, pour qui « l’adaptation fait partie de la vie d’un livre ».
Les enjeux sont à la fois artistiques et économiques. « La littérature, ce sont des images que l’on a dans nos têtes, et c’est leur travail d’y donner vie », explique Oliver Gallmeister à propos du passage à la bande dessinée. Mathias Vincent souligne de son côté les spécificités du médium : « On a la chance avec la BD de faire de l’ellipse, de jouer sur le temps », permettant par exemple de condenser un roman de 700 pages en un album d’environ 200. Concernant Betty, il reconnaît néanmoins un défi : « Le risque était de rendre le récit encore plus dur ».
Le projet ne repose pas sur une coédition au sens strict. « Quand un éditeur achète des droits d’adaptation, c’est entre lui et les auteurs », précise Oliver Gallmeister, évoquant l’absence d’accord financier direct entre les deux maisons. La cohérence de la collection reste toutefois étroitement liée à l’identité du catalogue Gallmeister, que Mathias Vincent considère comme un fil directeur essentiel.
Trouver de nouveaux lecteurs
Pensée en grand format, avec un tirage annoncé de 30 000 exemplaires pour les premiers titres, la collection vise également à élargir le lectorat. « Le véritable intérêt, c’est de créer des passerelles », affirme Oliver Gallmeister, dans un contexte où « la littérature ne va pas très bien » et où les éditeurs cherchent à conquérir de nouveaux lecteurs.
Mathias Vincent insiste sur cette volonté d’ouverture : « L’idée est de créer de nouvelles portes d’entrée pour les gens qui n’auraient pas lu les romans, pour leur permettre d’entrer dans la littérature grâce à la BD ». Une ambition qui s’accompagne d’une certaine exigence, portée par des titres à fort potentiel mais aussi par des coups de cœur éditoriaux, comme Les Voleurs d’innocence, recommandé par Oliver Gallmeister lui-même.
