1ER SEPTEMBRE - HISTOIRE France

Statue de l'amiral Zheng He de la dynastie des Ming. Il est aujourd'hui reconnu comme étant le premier navigateur des océans.- Photo DR/WIKIPÉDIA

On est toujours à l'est de quelqu'un. Aussi les notions d'Orient et d'oriental se sont-elles forgées à partir de l'Europe et plus précisément de la Grèce au travers de la géographie ptoléméenne (IIe siècle après J.-C.). Byzance dans l'actuelle Turquie c'est déjà l'Asie - "Empire d'Orient" est cet héritage des empereurs latins qui subsiste après l'effondrement de l'Empire romain d'Occident en 476... Pour la chrétienté, les Orientaux sont avant tout les Arabes. Mais si l'on sait ce qu'est l'Orient, que sait-on de l'orient de l'Orient, l'Extrême-Orient ? Le Moyen Age, grâce à la cartographie arabe (Al-Idrîsî au XIIe siècle ou Ibn Battûta au XIVe siècle), n'ignore pas l'existence de Cathay (la Chine), de Cipango (le Japon) ou de Silla (la Corée)... Peu s'y sont aventurés. Il y eut certes à la fin du XIIIe siècle Marco Polo, son Livre des merveilles qui relate son séjour chez l'empereur Kubilaï Khan. Sinon l'Asie, d'où proviennent les précieuses épices et la soie, ne demeure du point de vue occidental qu'un horizon mythique et lointain, elle le sera longtemps encore avant que les marchands portugais et hollandais et leurs armes à feu, puis les jésuites Bible en main, ne pénètrent le vaste empire chinois ou l'archipel nippon (François Xavier débarque à Kyûshû en 1549) et en dressent un portrait plus précis... Dans un inédit de la collection "Folio histoire", Philippe Pelletier, géographe et spécialiste du Japon, interroge cet "extrême" dans l'expression "Extrême-Orient" (Chine, Corée, Japon) et retrace ainsi "l'invention d'une histoire et d'une géographie". L'auteur de La Japonésie (1997) montre comment ces antipodes géographiques se sont cristallisés en une définition essentialiste, opposant de manière tranchée l'Est et l'Ouest. Tantôt incarné par l'empire du Milieu, la Chine des Ming et des Qing, du XVIe siècle jusqu'à la fin du XIXe siècle, tantôt portant le masque formidable d'un Japon capable d'assimiler la technologie occidentale (depuis l'ère Meiji en 1868) et de préserver son idiosyncrasie culturelle, l'Extrême-Orient est aussi bien une construction mentale des Occidentaux qu'une réponse concrète de ces pays asiatiques dont l'équilibre fut rompu par l'expansion occidentale. Ce concept d'Extrême-Orient, cet "Autre" radical de l'Europe, en dit aussi long sur lui-même que sur l'Occident, qui l'a fantasmé et a voulu le dominer. Outre le désir de conquête (à noter l'outrecuidance du traité de Tordesillas en 1494 qui sous le sceau de l'autorité papale partage le monde entre Portugais et Espagnols), il y a un fond millénariste et prosélyte propres aux Occidents chrétiens et aux Arabo-musulmans qui les poussèrent à vouloir s'étendre et exporter leur doctrine. La Chine des Ming au XVe siècle connut aussi de belles aventures maritimes : l'amiral Zheng He est allé jusqu'en Afrique de l'Est, mais après lui tout a cessé. "Car les Chinois, malgré le globe de Jamâl al-Dîn et certaines hypothèses de leurs propres savant restent attachés à leur ancienne théorie de la terre carrée : à quoi bon aller vers ses bords, l'empire n'est-il pas au milieu à sauvegarder ?"

Les dernières
actualités