Loin du paradis. Début 1945, un groupe de jeunes gens fréquente un atelier de peinture dans une église isolée près de Nagasaki. Persil vend son corps aux soldats qui partent au front. Eucaly, kleptomane, s'inquiète pour le salut de son âme. Sauge, son petit ami, s'engage dans l'armée. Dans la région, les raids s'intensifient. Eucaly, traumatisée par la guerre et n'arrivant pas à lutter contre ses pulsions de voleuse, ne mange plus. Un jour, elle dérobe un tube de peinture blanche parce qu'elle ne souhaite qu'une chose : échapper à la noirceur du monde et de la vie.
Et puis, en août, survient la bombe, une chose « si abominable que [l]a peinture blanche ne pourra jamais la recouvrir ». Il n'est alors plus question de s'effacer mais de survivre.
Après Cocon et Le journal de Hanako (IMHO, 2024, 2025), Machiko Kyô poursuit son étonnant cycle de mangas sur les jeunes filles et la Seconde Guerre mondiale. Comme ses prédécesseurs, Paraiso est un album étrange, à mi-chemin entre la poésie et le cauchemar, où la ligne douce et très épurée du dessin contraste violemment avec la cruauté du récit. L'autrice fait surgir l'horreur abruptement, au détour d'une case ou après une scène introspective. Certaines planches sont d'autant plus dures que son récit se teinte par ailleurs de romantisme, de sensibilité- comme ce magnifique échange de cartes postales dessinées entre Eucaly et Sauge. De son trait léger comme une plume, Machiko Kyô peint de façon saisissante les affres de la vie en temps de guerre.
Paraiso
Éditions IMHO
Traduit de japonais par Kallie Lagorce
Tirage: 2 000 ex.
Prix: 14 € ; 164 p.
ISBN: 9782364812000
