4 septembre > Roman Grande-Bretagne

Zulma sait en général dénicher des perles romanesques aux quatre coins du monde, et on a tendance à lui faire pleine confiance. Le poulain de la rentrée est britannique, s’appelle Benjamin Wood, et signe Lecomplexe d’Eden Bellwether, roman de cinq cents pages flirtant avec le campus novel, l’intrigue se situant à Cambridge, et le drame bourgeois - car il y a des bourgeois, et du drame. Oscar, 20 ans, a fui la pauvreté intellectuelle de sa vie familiale et travaille comme aide-soignant dans une maison de retraite huppée ; un jour, attiré par le son de l’orgue, il entre dans la chapelle du King’s college et y rencontre une jeune femme dont il tombe amoureux. Iris Bellwether est étudiante en médecine et vient du meilleur milieu ; son frère Eden, génie de la musique, était l’organiste qui a envoûté Oscar. Car Eden est envoûtant, et semble même doté d’étranges pouvoirs ; mais il est aussi inquiétant, et l’histoire d’amour des jeunes gens et l’entrée d’Oscar dans le monde de la bourgeoisie vont souffrir de ce frère étrange et démoniaque.

Questionnant à la fois les rapports de classes, le positivisme et la foi, la vieillesse et l’espoir, Benjamin Wood sort l’artillerie lourde dans ce roman léché, qui alterne avec une régularité de métronome les dialogues et les descriptions, les illusoires moments d’espoir et les coups de théâtre tragiques, pour une intrigue dynamique et implacable. Mais c’est peut-être justement là que le bât blesse : qu’apprend-on de neuf dans cette littérature cultivée et souple, qui accommode les recettes du roman à suspense à la sauce Haendel et Nietzsche ? Que reste-t-il du Complexe d’Eden Bellwether après le frisson de la mécanique narrative bien huilée et des références culturelles agencées avec goût ? Si le domaine étranger de Zulma remue habituellement en profondeur l’imaginaire du lecteur, cette fois il ne fait que divertir habilement. Ce qui n’est pas si mal.

Fanny Taillandier

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