Une librairie sans murs, mais avec un parti pris éditorial affirmé. Lancée au printemps 2026 à Poitiers (Vienne) par Nawal Kerdougli, Manyaya revendique une spécialisation originale dans le paysage de la librairie française : faire de l’antiracisme le fil rouge de son assortiment. Elle propose ainsi plus de 1 200 références, de l’essai à la fiction, en passant par la bande dessinée et les ouvrages destinés à la jeunesse.
« On n’est pas obligé d’aborder directement le thème de l’antiracisme pour qu’un roman soit antiraciste », explique Nawal Kerdougli. Les ouvrages qu'elle recommande peuvent ainsi aborder le féminisme, l’histoire, l’identité, ou encore les questions sociales, dès lors qu’ils proposent un regard qui permet d’interroger les représentations. La libraire souhaite ainsi mettre en lumière « une vision qui est peu mise en avant dans la littérature en général ».
Une reconversion
Diplômée en ingénierie, Nawal Kerdougli, 45 ans, est installée à Poitiers. Elle a travaillé plusieurs années dans la programmation de chantiers pour la SNCF, avant de quitter son poste à la fin de 2024.
L’idée d’une librairie, elle, n’était pas tout à fait nouvelle : la lecture a toujours occupé une place importante dans sa vie et son intérêt pour les questions antiracistes s’est progressivement approfondi au fil de ses lectures. Une pratique qui lui a fait mesurer la difficulté à trouver, parfois, certains ouvrages.
De ce constat est née l’envie de créer un lieu où ces livres seraient plus facilement identifiables. Nawal Kerdougli effectue elle-même une importante veille éditoriale, lit, cherche, compare et construit sa sélection avec l’idée de proposer plusieurs portes d’entrée dans le sujet.
Différents niveaux de lecture
Manyaya ne s’adresse pas uniquement aux lecteurs déjà familiers des questions antiracistes. La sélection cherche au contraire à accompagner différents niveaux de lecture et de connaissance, des ouvrages introductifs et pédagogiques aux essais plus spécialisés, en passant par des romans ou des bandes dessinées qui permettent d’aborder ces notions autrement.
« Quand je cherchais des livres, j’arrivais souvent avec une idée précise en tête », raconte Nawal Kerdougli. Manyaya veut justement faire l’inverse : permettre au lecteur de découvrir un titre auquel il n’aurait pas nécessairement pensé.
Cette volonté d’accessibilité explique aussi le choix du numérique. Depuis Poitiers, une librairie en ligne permet de dépasser la question de la proximité géographique. Le catalogue est disponible partout en France, tandis que les clients poitevins peuvent également retirer leurs commandes directement sur place.
Une communication anglée
Sans vitrine ni rayon à parcourir, Manyaya doit inventer sa propre manière de communiquer. La librairie accorde donc une place importante à son site et aux réseaux sociaux, avec des sélections thématiques, des angles de lecture, des dossiers et des entretiens avec des auteurs et autrices.
« Très vite, quand les gens arrivent sur le site ou les réseaux sociaux, ils doivent voir qu’il y a des propositions de lectures, des angles », explique la libraire. Une manière de retrouver en ligne ce qui fait aussi le charme d’une librairie physique : le conseil, la recommandation et la possibilité de repartir avec un livre que l’on n’était pas venu chercher.
Le nom de la librairie résume cette ambition. Manyaya est un personnage de Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem de Maryse Condé. Guérisseuse qui accueille et accompagne Tituba, elle devient pour Nawal Kerdougli une figure de transmission. « L’idée de guide et d’accompagnement me parlait pour la librairie », explique-t-elle.
