Rentrée littéraire 2021

Marie Richeux, « Sages femmes » (Sabine Wespieser Éditeur) : Écheveau familial

Marie_Richeux - Photo © MARCO CASTRO

Marie Richeux, « Sages femmes » (Sabine Wespieser Éditeur) : Écheveau familial

Remontant le fil d'une lignée familiale de filles-mères dont les vies furent dédiées aux travaux d'aiguille, Marie Richeux dévide sa pelote. Tirage à 6500 exemplaires.

J’achète l’article 1.50 €

Par Olivier Mony,
Créé le 10.06.2021 à 10h00,
Mis à jour le 10.06.2021 à 18h06

ricPour Sages femmes, son troisième livre publié chez Sabine Wespieser (on se souvient notamment de son très beau Climats de France, 2017), la journaliste et productrice à France Culture Marie Richeux confirme son vrai talent pour les dérives les plus fructueuses de la mémoire, pour ces anfractuosités du souvenir qui la composent et renvoient le lecteur à ses propres béances.

Il faut à tout récit un désir, mais surtout une scène initiale. Pour Marie Richeux, il y en aura deux cette fois-ci. D'abord cette inscription sur le socle d'une statue de la Vierge perdue en plein causse où elle se trouve en vacances. Il est écrit : « Et à l'heure de notre ultime naissance ». Oxymore ? Licence poétique ? La promeneuse sait intimement que c'est tout autre chose. Deuxième scène, cette phrase prononcée un jour d'été par sa petite fille, Suzanne : « Elle est où, la maman ? » Pour la narratrice, il y a là mieux qu'une énigme, l'ébauche d'une révélation. Ou de sa possibilité. La voilà dès lors qui entreprend de remonter le fleuve, celui de sa lignée, composée quasiment exclusivement depuis le milieu du XIXe siècle, de filles-mères. Comment ces femmes, des brodeuses, des tisserandes, des couturières, ont-elles pu échapper à la disgrâce de la rue grâce aux travaux d'aiguilles ? Pour renouer ces fils désormais épars, Marie Richeux va interroger des témoins, mère, tantes, sans en apprendre nécessairement beaucoup plus. Dès lors, son champ d'investigation se fait beaucoup plus vaste. Il y aura des cimetières, des sépultures dont ne subsiste plus que le souvenir. Elle interroge l'Histoire, des tableaux, des textes religieux, fréquente des salles d'archives et trouve l'ébauche d'une compréhension du monde et du pourquoi de sa quête à l'Hôtel-Dieu de Reims (fréquenté par son aïeule Marie-Julie, première de cette lignée) où sont conservées de sublimes et anonymes courtepointes brodées.

Mystérieux, furtif, vagabondant, Sages femmes n'assène rien, réflexion poétique, parfois même discrètement lyrique, sur la maternité. Sans cesse sur le motif, Marie Richeux remet son ouvrage. Elle passe de la dépossession de soi à la liberté retrouvée, en femme fidèle à ses intuitions, à ses angoisses fructueuses, les résolvant aussi bien avec un vêtement tricoté qu'un livre. Au fond, la même chose.

Marie Richeux
Sages femmes
Sabine Wespieser éditeur
Tirage: 6 500 ex.
Prix: 19 € ; 200 p.
ISBN: 9782848054148

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités