Des fleurs déracinées. Dans L'heure des oiseaux (L'Observatoire, 2022), Maud Simonnot embarquait son lecteur pour l'île de Jersey où son héroïne s'échappait du rude quotidien de l'orphelinat grâce à la nature et au chant des oiseaux. Théâtre d'événements sordides, l'orphelinat de Jersey s'était retrouvé en 2008 au cœur d'un scandale médiatique. « Lorsque j'avais découvert cette affaire dans la presse [...], elle m'avait frappée sans que je sache pourquoi, précise Maud Simonnot dans son nouveau roman. Puis j'avais dû voir l'évidence : je venais d'une terre marquée par l'existence de milliers d'enfants placés là par l'Assistance publique. » Cette terre, le Morvan, avait accueilli entre la fin du xixe siècle et les années 1970 près de deux cent mille enfants, parmi lesquels l'arrière-grand-mère de l'autrice, Lily, et un certain Jean Genet. Elle est la « rose » du titre, il en incarne le « feu ». Parcourant les paysages sauvages de son enfance, l'autrice entrecroise les destins d'« une paysanne du Morvan, ignorée de tous » et du futur grand écrivain, guettant dans les archives les traces des deux orphelins, laissant libre cours à son intuition et à sa plume poétique. Lettre d'amour à ce pays rude, âpre, austère, Le feu et la rose explore de la plus sensible façon l'histoire de ce « contre-monde » dont pas un village, pas une ferme, n'ignorait l'existence des « Petits Paris » qui avaient fini par définir l'identité de cette terre, et par s'en imprégner. « Les enfants du Morvan sont des arbres, des plantes, des fleurs déracinés » et autant d'anonymes dont les voix affleurent dans cette ode à l'irréductible magie de l'enfance.
Le feu et la rose
Éditions de l'Observatoire
Tirage: 8 000 ex.
Prix: 21 € ; 272 p.
ISBN: 9791032929513
