Là où la vie déborde. « On s'en allait toutes contentes, nous faire bercer par le ciel. » À l'approche de l'Inti Raymi, la fête du soleil inca, Noa et Nicole quittent Guayaquil pour assister au Ruido Solar, un festival de musique organisé sur les flancs du Chimborazo, le plus haut volcan d'Équateur. « Avec pour seul plan de disparaître sept nuits et huit jours », les deux amies se mêlent aux milliers d'autres festivaliers venus, comme elles, oublier la violence endémique de leurs villes respectives, gangrenées par le narcotrafic et les guerres entre gangs. Parmi les ravers, il y a Pamela, Mario et Pedro, dont les voix vibrent au rythme de l'experimental noise chamanique et de la cumbia technospatiale, et nous font vivre comme si nous y étions cette expérience hallucinatoire que la langue de Mónica Ojeda, mâtinée de quechua, rend plus -hypnotique encore.
Née à Guayaquil, l'écrivaine équatorienne est l'une des jeunes plumes -latino-américaines les plus en vue. Dans Mâchoires, son troisième roman et le premier traduit en français (Gallimard, 2022), elle racontait sous la forme d'un thriller psychologique la séquestration d'une adolescente tout sauf innocente par sa professeure de lettres. Si Chamanes électriques à la fête du soleil explore un tout autre univers, on y retrouve le « gothique andin » et les fulgurances poétiques façonnant le style de cette écrivaine au talent plus que prometteur. Au cœur des paysages grandioses de « l'avenue des volcans », le lecteur suit Noa dans ses danses extatiques, qu'elle délaisse bientôt pour rejoindre la finca où son père vit en ermite. Fuyant la violence de Guayaquil et un rôle pour lequel il n'était pas taillé, l'homme l'a abandonnée quand elle était petite pour se réfugier sur les hauts plateaux. « Ma fille arrive au Bosque Alto, écrit-il dans ses carnets : il va falloir que je lui apprenne à apaiser la vie là où la vie déborde. » À la frénésie du festival se substitue dès lors le chant des oiseaux, à la transe des ravers un quotidien rythmé par le cycle des saisons. Pour le père de Noa, seul le silence permet de vivre en accord avec le « souffle divin ». Un silence néanmoins troublé par la révélation d'un secret reliant Noa à la communauté des chamanes... Alliant cosmogonies andines et pop culture, ce récit au souffle si particulier murmure à notre oreille une histoire dont les notes entêtantes nous invitent à écouter différemment le monde qui nous entoure.
Chamanes électriques à la fête du soleil
Gallimard
Traduit de l'espagnol (Équateur) par Alba-Marina Escalon et Charlotte Lemoine
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 24 € ; 352 p.
ISBN: 9782073075406
