Egypte

Muhammad Aladdin, "Un chien de rue bien entraîné" (Sindbad/Actes Sud) : La lampe d'Aladdin

Muhammad Aladdin - Photo © Jovita Sinskaite

Muhammad Aladdin, "Un chien de rue bien entraîné" (Sindbad/Actes Sud) : La lampe d'Aladdin

Une certaine jeunesse du Caire, croquée sans concession par Muhammad Aladdin. Tirage à 2000 exemplaires.

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Par Jean-Claude Perrier ,
Créé le 11.02.2022 à 15h30 ,
Mis à jour le 28.02.2022 à 16h18

Ahmad, que ses copains surnomment Mao, est un jeune Cairote orphelin de mère, abandonné par son père, qui vit chez sa tante, dans un quartier apparemment bien tranquille, moyennant participation aux frais de la maison. Sa logeuse, par ailleurs, ne se prive pas de le traiter de « bon à rien ». Alors qu'il rêve de devenir un grand écrivain et d'obtenir le prix Nobel, ce licencié ès lettres gagne sa vie minablement en écrivant, chaque jour, dix récits pornos en arabe, d'au moins cinq cents mots, pour un site spécialisé basé en Afrique du Sud. Le tout pour trois dollars, quand son employeur n'est pas en retard de paiement.

Il faut dire qu'Ahmad est très porté sur le sexe, voire obsédé. Le roman de ses aventures, d'ailleurs, commence par une scène assez crue, où il s'envoie en l'air avec sa copine nymphomane Névine − mariée avec Tamer, qu'elle qualifie de « vraiment un enculé » − dans la voiture de la jeune femme. Une addiction au sexe qui vaudra à Névine quelques ennuis : alors qu'elle venait de baiser avec Ali l'amande, un voyou violent détrousseur de prostituées, celui-ci la tabasse, et la menace de chantage, leurs ébats ayant été photographiés et filmés. Il faudra qu'Ahmad monte une espèce de commando de pieds nickelés, avec son pote Alaa dit La Loule, réalisateur de films au chômage, et leur copine Saoussane, jouant les appâts, pour sortir Névine de ce mauvais pas. Après quoi, Un chien de rue bien entraîné s'achève en queue de poisson.

C'est le cinquième roman, paru en 2014, de Mohammed Aladdin, l'un des plus prometteurs parmi les jeunes (il est né en 1979) écrivains arabes. Il y croque sans concession une certaine jeunesse cairote, des marginaux, des blousons semi-dorés ringards, désœuvrés, portés sur les drogues et parfois délinquants. Plutôt qu'un récit suivi, le livre se présente comme une suite de saynètes, avec comme fil rouge Ahmad, le narrateur, expert en cinéma porno. En dépit de quelques tunnels, la lampe d'Aladdin éclaire avec humour, plaisantant sur La Loule, koftes c'est-à-dire à la fois « copte » et « brochette », ou encore Abdallah le camé, fan du raï de la grande époque, Khaled, Cheb Mami, Faudel, Rachid Taha ou Cheikha Remitti. C'est enlevé, drôle et cruel, loin de l'Égypte que l'on montre aux touristes.

Muhammad Aladdin
Un chien de rue bien entraîné Traduit de l'arabe (Égypte) par Khaled Osman
Sindbad
Tirage: 2 000 ex.
Prix: 15 € ; 128 p.
ISBN: 9782330160920

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