Une femme disparaît. Ce Diego-là, le narrateur, qui ressemble sans doute pas mal à l'auteur, n'est pas « libre dans sa tête », contrairement à celui de la chanson. D'abord, il a du mal à résister à la tentation de se remettre à picoler (et plus), alors que cela fait sept ans qu'il a tout arrêté, apparemment dans la douleur - mais c'était la condition sine qua non pour conserver l'amour d'Anne, la sublime institutrice dont il est éperdument amoureux. Ensuite, il ne fait pas grand-chose côté professionnel (on n'a d'ailleurs pas bien compris quel était son job : créatif ?) et attend en vain une inspiration fort capricieuse. Mais en plus, voici que lui tombe sur le râble une histoire bien tordue : Louise, l'une des cousines d'Anne, disparaît le jour même de son mariage avec Adrien, prof d'allemand et richissime héritier qu'elle semblait pourtant aimer d'un amour fou. La jeune femme s'est évaporée, sans sac à main et sans portable, et la battue organisée par la police n'a rien donné. Alors Anne charge Diego d'enquêter, discrètement et en toute illégalité, pour savoir ce qu'est devenue Louise.
À partir de là, le roman d'un Nicolas Rey en bonne forme littéraire va se débobiner dans deux intrigues savamment tricotées. D'une part, on suit l'enquête de Diego, qui va rencontrer tous les proches et, surtout, tous les ex (ou pas) de Louise, dont la vie sexuelle n'était pas, c'est le moins qu'on puisse dire, « un long fleuve tranquille ». Gabriel le baby-sitter, Martin le beau gosse, Jérôme le vétérinaire, Boris le psy, François le chirurgien... On s'y perd un peu, mais les portraits qu'ils tracent de la jeune femme finissent par concorder : Louise est une perverse polymorphe (eux emploient des mots plus crus) qui « détruit tout ce qu'elle touche ». Elle aurait pu monter toute cette affaire, par pur plaisir sadique. Est-ce le cas ? D'autre part, les investigations menées à son tour par Anne confirmeront-elles les impressions, les intuitions de Diego ? Lequel finira, bien sûr, par trouver la vérité. Quant au reste du livre, ce sont des pages énamourées, où Diego n'en revient toujours pas de la merveilleuse Anne, savoure chaque nuit avec elle, auprès d'elle... Un roman réussi, attachant, bien mené, qui ferait une parfaite comédie dramatique du samedi soir sur France 3.
La permission de minuit
Au diable Vauvert
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 20 € ; 256 p.
ISBN: 9791030707946
