Cofondé en 2005 par l'écrivain et diplomate Olivier Poivre d'Arvor et l'agent et producteur de spectacle Olivier Gluzman, le Marathon des mots rassemble chaque année à Toulouse et dans sa métropole écrivains, interprètes et amoureux des mots autour de lectures à voix haute, rencontres, concerts et performances. Pour cette 22e édition, le festival abandonne pour la première fois le mois de juin pour s'installer au printemps, avec la volonté affichée de mieux atteindre les publics scolaires et étudiants.
Plus de 100 événements, en grande partie gratuits, sont répartis sur cinq jours dans la ville et sa métropole. Deux invitées d'honneur donnent le ton : Amélie Nothomb, qui célèbre sa mère avec Tant mieux, et Christiane Taubira, présente tout au long du festival, avec notamment un échange avec la chanteuse haïtienne Mélissa Laveaux au Metronum.
L'eau, thématique centrale de cette édition, réunit auteurs et chercheurs autour de la Garonne et du Canal du Midi, avec des rencontres autour de Gaspard Kœnig, Camille de Toledo ou Léonor de Récondo. En parallèle, le cycle « Écrire et dessiner sous la menace » donne la parole à des auteurs qui créent sous la censure ou en exil, dont l'écrivain ukrainien Andreï Kourkov et le poète palestinien Marwan Makhoul, en partenariat avec Reporters sans frontières et Cartooning for Peace.
Le festival sort aussi des salles pour investir la ville, des fontaines de Toulouse jusqu'au stade Ernest-Wallon, en passant par la piscine Alfred Nakache et les cabines du téléphérique Téléo. En clôture, le journaliste et écrivain Pierre Assouline animera une grande dictée ouverte à tous.
Olivier Poivre d'Arvor : « Ce changement de date est pour nous vraiment très important »
Livres Hebdo : Le Marathon des mots s'est toujours tenu en juin depuis sa création. Cette année, il se déroule en avril. Qu'est-ce qui a motivé ce changement de calendrier ?
Olivier Poivre d'Arvor : C'est une demande qui vient à la fois du public et des acteurs de Toulouse, notamment du monde de l'éducation. Avec le recteur de l'académie de Toulouse et la présidente de l'université, nous travaillons depuis plusieurs années à impliquer le jeune public dans des projets d'écriture et de lecture. Lors de la dernière édition, fin juin 2025, nous étions en toute fin d'année scolaire, ce qui rendait difficile leur mobilisation. Ce changement de date est pour nous vraiment très important. Les dates de l'édition 2027 sont déjà fixées, du 31 mars au 4 avril, et nous allons continuer à travailler sur ce lien avec l'Éducation nationale. Nous devons emmener la littérature vers ceux qui n'y ont pas accès.
Nous en sommes à la 22e édition. Au-delà du chiffre, qu'est-ce qui distingue vraiment cette édition des précédentes ?
Lorsque j'ai créé le Marathon des mots en 2005 avec Olivier Gluzman, l'idée était de faire entendre la littérature à voix haute, ce qui n'était pas encore très répandu à l'époque. Nous sommes devenus depuis le plus grand festival européen spécialisé dans ce domaine. En 2026, l'enjeu central, c'est la lecture et son effondrement chez les plus jeunes. Il y a un besoin absolu de renouvellement du public, et c'est autour de cela que s'articule toute notre démarche cette année.
L'affiche de la 22ème édition du Marathon des mots- Photo DR.Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Quelques mots sur l'organisation du festival ?
Cette année, on investit des lieux très variés, des cabines de téléphérique, le parvis de la Halle de la Machine avec des artistes de cirque, le stade Ernest-Wallon. En ce qui concerne les ateliers, nous irons aussi du côté de la littérature du slam, de la langue des signes, de formats accessibles aux malentendants et aux malvoyants. Entre dix et quinze projets sont centrés sur l'écriture pour tous et l'écriture solidaire.
La thématique de l'eau traverse toute la programmation. Pour vous qui êtes personnellement engagé sur les enjeux maritimes, c'était un choix qui s'imposait ?
C'est effectivement un choix personnel. L'idée était d'ancrer le Marathon dans le réel, et le réel aujourd'hui englobe ces sujets. Il y a une littérature foisonnante sur ce thème, Léonor de Récondo, Gaspard Kœnig, entre autres. En librairie, on voit que les thématiques du vivant, de l'animal et de l'océan occupent une place croissante. Le thème de l'eau rejoint aussi le paysage local, celui de la Garonne. Et chaque année désormais, une thématique sera liée à l'environnement.
Avez-vous déjà observé un engouement particulier du public en amont de cette édition ?
Les réservations montrent que les gens se portent vers des projets singuliers et pluridisciplinaires. Nous sommes heureux de voir aussi les étudiants qui se sont mobilisés pour l'organisation, avec ces dix projets menés en partenariat avec l'université de Toulouse. Une grande partie des lectures sera gratuite, ce qui devrait attirer beaucoup de monde, et j'espère surtout des gens qui n'ont pas l'habitude de pousser la porte d'une librairie ou d'une bibliothèque, et qui en auront envie après.

