"Petit singe" : Didier Decoin remporte le Bad Sex Award 2019 | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, le 04.12.2019 à 14h24 (mis à jour le 04.12.2019 à 15h00) Prix littéraire

"Petit singe" : Didier Decoin remporte le Bad Sex Award 2019

Photo OLIVIER DION

Une scène de sexe de son roman Le bureau des jardins et des étangs a été désignée comme "la plus abominable" de l’année par un jury britannique, à égalité avec un passage d’un ouvrage de John Harvey.

Le féroce Bad Sex in Fiction Awards a été décerné, lundi 2 décembre, à Didier Decoin de l’Académie Goncourt et John Harvey, lauréats ex-aequo, pour "la plus remarquablement abominable scène de sexe dans un roman bon par ailleurs". Ce prix britannique, remis depuis 1993 par un jury de critiques de la revue Literary Review, vise à attirer l’attention sur "les descriptions mal écrites, redondantes ou gênantes de scènes de sexe dans la fiction moderne".
 
Lauréat du prix Goncourt en 1977, Didier Decoin s’est fait épingler pour un passage de son roman Le bureau des jardins et des étangs paru en 2017 chez Stock. L’action se situe dans le Japon féodal d’il y a mille ans. Les jurés ont buté sur cet extrait :
 
Katsuro se mit à gémir tandis qu’une bosse se formait sous l’étoffe de son kimono à hauteur du sexe, bosse que Miyuki empoigna, pétrit, malaxa, écrasa, broya. Sous l’attouchement, les testicules et la verge de Katsuro ne formèrent plus qu’une seule masse qui roulait sous l’étreinte de la main. Miyuki avait l’impression de palper un petit singe qui recroquevillait ses pattes. Didier Decoin, "Le bureau des jardins et des étangs", Stock

Contacté par Livres Hebdo, Didier Decoin ne se dit "pas du tout offusqué" et trouve au contraire cette récompense "rigolote". "Je ne me souvenais pas du tout que j’avais écrit ce passage, dans un roman qui par ailleurs est plein d’allusions sexuelles. Mais je trouve la métaphore du petit singe assez mignonne !", s’amuse l’auteur.
 
Comme le Nobel
 
Dans un clin d’œil assumé à la double attribution du Booker Prize et du Nobel de littérature cette année, les jurés ont désigné un second lauréat en la personne de John Harvey, nommé pour son roman Pax (non traduit). Moins acrobatique que Didier Decoin, l’écrivain britannique a joué la carte plus traditionnelle du sexe au thermomètre. A l’excès.
 
La version originale :
 
She was burning hot and the heat was in him. He looked down on her perfect black slenderness. Her eyes were ravenous. Like his own they were fire and desire. More than torrid, more than tropical: they two were riding the equator. They embraced as if with violent holding they could weld the two of them one. John Harvey, "Pax"

Que l’on peut traduire en :
 
Elle était fiévreuse et la chaleur était en lui. Il baissa son regard vers la perfection de son corps noir et fin. Elle avait des yeux voraces. Comme les siens, ils brûlaient de désir. Plus que torride, plus que tropical : ils chevauchaient tous deux l’équateur. Ils s’étreignirent comme si, en se serrant violemment, ils pourraient se souder pour ne plus faire qu’un.

L’an dernier, les Bad Sex in Fiction Awards ont distingué James Frey pour une scène de sexe un peu trop redondante dans une salle de bains parisienne, extraite de son roman Katerina (Flammarion, 2019). L’écrivain faisait référence à l’éjaculation une bonne dizaine de fois.
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