Roman/Etats-Unis 3 janvier Alyson Hagy

A l'heure où les sorcières, réhabilitées par Mona Cholet, deviennent un symbole féministe, la littérature s'en empare. L'héroïne d'Alyson Hagy nous confie son histoire, aux confins du monde. « Ma vie est aussi honnête qu'elle doit l'être. » Elle débute dans une ferme évoquant celle où l'auteure a grandi. Un lieu paisible, dans les montagnes de Virginie, mais là aussi la Grande Dépression a sévi. Elle a laissé des traces, y compris chez la romancière qui s'en inspire pour décrire une ambiance chaotique. Une Amérique, déchirée par une guerre fratricide, dans laquelle Thanatos règne sans merci. Telle la dernière plaie d'Égypte, une maladie décime les enfants. Tout le monde se sent impuissant, même la protagoniste à laquelle on prête pourtant des talents de guérisseuse. « Son destin n'était pas de venir en aide au monde du dehors. Elle s'était gravée une autre destinée - être celle qui se souvenait. » De son père obligé d'élever seul ses filles adorées. La protagoniste a hérité de ses connaissances médicinales ou de sa capacité à lire et à écrire. Un don rare chez une femme de son temps. Sa sœur se dévoue plutôt à soigner les autres. Quitte à perdre la vie suite à une tragédie. Depuis lors, son fantôme s'impose à l'héroïne, dont elle diffère tant.

La narratrice a choisi de vivre en autarcie, mais cette « sorcière » est souvent sollicitée. Mr. Hendricks surgit sans prévenir. Cet homme « fort, déterminé et efficace » demande à la scribe d'écrire une lettre. « Il lui avait confié toutes ces transgressions. Mais il n'était ni simple, ni prudent d'endosser les fardeaux de l'histoire personnelle d'autrui. » Ceux de l'héroïne sont déjà si lourds à porter. Accusée de tous les maux, celle-ci a payé un lourd tribut pour des crimes qu'elle n'a pas commis. Elle tient à se protéger, or cet être, auquel elle ne reste guère insensible, bouleverse ses certitudes. Hendricks la pousse plus loin en exigeant qu'elle dépose elle-même la lettre hors de sa zone protectrice. Quels dangers la guettent dans ce monde qu'elle évite depuis des années ? « Je m'en suis sortie grâce à mes talents diaboliques », affirme celle qui garde la tête haute, mais seront-ils suffisants ? Dans ce conte d'Alyson Hagy, la magie des morts et des vivants s'interprète à l'infini. Repérée par Richard Ford, l'auteure parle de ces femmes trop indépendantes, trop instruites ou trop libres dans leur corps et leur esprit. Un roman intensément métaphorique qui se demande comment se libérer de ses cailloux intérieurs.

Alyson Hagy
Les soeurs de Blackwater - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par David Fauquemberg
Zulma
Tirage: 6 000 ex.
Prix: 20 euros ; 240 p.
ISBN: 9782843049293

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