Avant-portrait

Pierre Demarty, c’est une personnalité de haute trempe !" résume parfaitement Stéphanie Polack, sa collègue chez Grasset. Le Parisien, né en 1976, est entré dans la maison d’édition de la rue des Saints-Pères comme stagiaire en 2005 avant d’y être engagé en qualité d’éditeur de littérature étrangère par Ariane Fasquelle. Un travail plus passionnant que le précédent, "professeur thésard pour des premières années à moitié illettrées, dans des bâtiments en préfabriqué, porte de Clignancourt", raconte-t-il en allumant une cigarette. La littérature américaine, il la découvre vraiment à l’Ecole normale supérieure. Grâce à son "mentor", Pierre-Yves Pétillon, auteur d’une Histoire de la littérature américaine (Fayard, 2003) de référence.

Jusqu’alors, Pierre Demarty ne connaissait rien sur le sujet, "à part John Irving". Pétillon lui ouvre grand les portes. Le voici qui tombe à genoux devant l’œuvre de Philip Roth, sidéré par "sa rage jamais démentie, son humour noir et cruel". Il se lance dans un DEA, une agrégation, et s’envole vers l’université de Columbia, où il est lecteur de français de 2001 à 2003, et où il prépare une thèse sur… "la littérature américaine de Melville à Roth !".

Ses débuts de traducteur datent de 2006 avec la version française du livre d’Hazel Rowley, Tête-à-tête : Beauvoir et Sartre, un pacte d’amour. La première découverte qu’il tente d’imposer en tant qu’éditeur est Melanie Wallace, laquelle l’a emballé avec deux romans remarqués, Sauvages (Grasset, 2007, repris au Livre de poche) et La vigilante (Grasset, 2008, également repris au Livre de poche). Outre L’année de la pensée magique de Joan Didion (Grasset, 2007, prix Médicis de l’essai, repris au Livre de poche), l’autre moment fort de sa carrière de traducteur - il a notamment peaufiné les versions françaises de volumes de J. K. Rowling ou de William T. Vollmann -, il le doit à Claro. Ce dernier a réussi la prouesse de restituer le Golden Gate (Grasset, 2009, repris au Livre de poche) de Vikram Seth, un roman écrit en vers, composé de 594 sonnets en hommage à Eugène Onéguine de Pouchkine. Quand Demarty trouve un jour sur son bureau un exemplaire des Foudroyés de Paul Harding (Le Cherche Midi, 2011, repris en 10/18), ne sachant pas comment il a atterri là, c’est le choc. Aux Etats-Unis, le manuscrit a végété pendant dix ans en attendant qu’un micro-éditeur ne le publie, en vende 3 000 exemplaires, puis qu’Harding reçoive le prix Pulitzer. Grasset n’ayant pas donné suite, Les foudroyés se retrouvera dans la collection "Lot 49" de Claro et d’Arnaud Hofmarcher au Cherche Midi. Où l’on annonce Enon du même Harding, texte "stupéfiant de beauté, d’inspiration" à entendre Demarty.

Ecrire, ce père de trois enfants y pensait depuis longtemps. Depuis qu’il est étudiant, il a bien dû jeter à la poubelle une trentaine de débuts de romans "trop sous influences". Il s’est fait la main grâce à une commande de Laure de Chantal, directrice de la collection "Tibi" aux Belles Lettres, collection qui vise à mettre en regard un auteur contemporain avec un texte de l’Antiquité. Demarty y a contribué avec Manhattan Volcano, fragments d’une ville dévastée en 2013, mince et beau récit qui raconte son expérience de New York, où il a débarqué le 25 août 2001, et convoque les lettres de Pline sur l’éruption du Vésuve qui détruisit Pompéi.

Fan d’Echenoz.

Son premier roman, En face, on le découvrira fin août. Il en a commencé la première partie il y a quatre-cinq ans avant de la remiser dans un tiroir. Son amie Alice d’Andigné, éditrice chez Flammarion, lui demande un jour, "presque sur le ton de la plaisanterie", s’il n’a pas quelque chose à lui faire lire. Epatée par les quarante pages extraites du tiroir, elle l’encourage à persévérer et à aller au bout de son idée de faire évoluer "un personnage statique, quelqu’un qui regarde sa vie qu’il a désertée".

Ce qu’il a accompli "sans plan, par additions successives, en volant du temps dès que possible". On n’est pas étonné que Demarty confie être un "fan transi" de Jean Echenoz, que le nom de son héros soit l’anagramme du celui de l’auteur de Je m’en vais. Pour la suite, il faudra être patient. Mais l’éditeur-traducteur-écrivain a déjà "trois pages, une amorce d’idée". L’envie de reprendre un personnage d’En face qui porte lui aussi un nom d’écrivain… Alexandre Fillon

En face, Pierre Demarty, Flammarion, 17 euros, 190 pages, ISBN : 978-2-08-134155-5. Sortie : 20 août.


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