Plus de M’as-tu lu ? à la télévision québécoise

Plus de M’as-tu lu ? à la télévision québécoise

Il ne reste plus qu’une seule émission dédiée aux livres toutes chaînes québécoises confondues…

Par Vincy Thomas
avec vt Créé le 15.04.2015 à 19h12

En supprimant Sous les jaquettes et M’as-tu lu ? de leurs grilles de programmes, TVA (première chaîne par son audience) et Télé-Québec (chaîne publique), respectivement, retirent les deux seules émissions sur le livre diffusées sur des ondes généralistes. Sur six émissions littéraires dans les années 2000, il ne reste plus que l’hebdomadaire Livre Show de la chaîne câblée Vox pour résister. Une chaîne qui en dépend d’aucune pression d’audience.

Radio Canada, la chaîne publique fédérale, avait effacé Jamais sans mon livre en 2002. « On pense que c'est plus intéressant pour le public d'avoir une émission culturelle dans laquelle on parle de livres, comme Tout le monde en parle , La Fosse aux Lionnes , Bons Baisers de France , etc. Des auteurs y sont souvent invités», estime Guylaine O'Farrell, porte-parole de Radio-Canada. Donc, le livre ne disparaît pas des petits écrans puisque de nombreux talk-shows les intègrent dans leur programmation sous formes de chroniques ou d’entrevues.

Tout juste note-t-on le paradoxe de voir disparaître le livre des émissions télévisées québécoises quand Montréal s’était flattée du bilan positif de son année « capitale mondiale du livre. » La métropole investit actuellement près de 1.9 millions de $ canadiens (700 000 euros) dans ses bibliothèques, après avoir constaté le vif succès de sa Très Grande Bibliothèque inaugurée en 2005.

Un déclin de l’empire littéraire

Pourtant les écrivains québécois s’inquiètent de cette assimilation du livre par des programmes de divertissement. Leur manifestation en 2002 lorsque Radio-Canada avait supprimé Jamais sans mon livre n’a pas été suivie d’effets. La perte d’influence du livre, et le fait que les chaînes publiques ne s’y intéressent plus comme autre chose qu’un produit d’appel, les alarment sur le déclin culturel et intellectuel de leurs concitoyens.

«Pendant longtemps, la télé de la SRC était entre les mains des littéraires. En ce moment, elle est entre celles des gestionnaires, qui ne prennent des décisions qu'en fonction de ce que les émissions rapportent en chiffres», explique l’écrivain Stanley Péan.

L’animatrice de M’as-tu lu ? a été la première surprise. Sylvie Lussier explique : «Ça faisait deux ans qu'on était en ondes, on avait des bonnes cotes d'écoute pour Télé-Québec, de l'ordre de 120 000 à 140 000 chaque semaine. »

Une libraire québécoise de renom se désole de cette tendance soulignant qu’au milieu des 30000 publications mondiales annuelles, il faut bien un « sélectionneur ». « En refusant le livre, la télé se prive d'un paquet de bonnes idées. Peut-être qu'elle a peur d'être difficile d'accès pour le lecteur moyen?... En France, pourtant, on a fait des succès avec des émissions qui, au départ, avaient été jugées trop pointues, comme Bouillon de culture avec Pivot.»

15.04 2015

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