Dès les années 1920, on s’est posé les questions sur les raisons de 14-18 et on continue encore sans être d’accord. Après tant d’autres, Nicolas Saudray avance son hypothèse en faisant référence à la guerre d’avant (1870) et à celle d’après (1939). Pour lui, il y a une continuité dans ces trois moments dramatiques, et la France est responsable d’avoir lancé les hostilités au XIXe siècle, de la part d’un Napoléon III souffreteux et manipulé par les conseillers de l’impératrice Eugénie.
Pour lui, c’est le début d’une séquence tragique qui va entrainer le siècle suivant dans la catastrophe, avec une rancune tenace qui s’installe entre la France et l’Allemagne, attisée par les nationalismes qui engendreront des totalitarismes destructeurs.
Personne ne veut la guerre, mais quelques-uns la déclenchent en vertu de traités de paix déplorables et d’alliances absurdes. "Les conflits mondiaux ont quand même lieu, du fait de quelques hommes." Nicolas Saudray pointe donc, de manière didactique, les "erreurs" d’un petit nombre d’individus et se lance dans l’uchronie, ce petit jeu d’histoire potentielle qui consiste à se demander ce qui serait advenu si le putsch bolchevique d’octobre 1917 avait échoué, si Hitler avait eu la bombe atomique avant les Américains, etc.
"Si la guerre imbécile de 1870 avait avorté, ou si certains responsables s’étaient montrés plus avisés après l’attentat de Sarajevo, l’humanité aurait pu faire l’économie de soixante-dix millions de morts."
Le mérite de Nicolas Saudray est d’élargir la focale pour nous remettre en mémoire la continuité d’une histoire. Plus on s’éloigne, plus l’image devient claire. Le particulier disparaît au profit du général.
Chef d’entreprise puis magistrat, ancien président du conseil d’administration de la Bibliothèque nationale, Nicolas Saudray est un amateur éclairé. Auteur de neuf romans dont La maison des prophètes (Seuil, 1984), il possède une plume aiguisée pour dire les choses telles qu’il les ressent. Il nous propose ainsi l’hypothèse d’un XXe siècle qui aurait pu être différent si…
Laurent Lemire
