A quoi sert l’intelligence artificielle dans l’édition ? | Livres Hebdo

Par Hervé Hugueny, à Francfort, le 17.10.2019 à 10h12 (mis à jour le 17.10.2019 à 11h01) Francfort 2019

A quoi sert l’intelligence artificielle dans l’édition ?

Une étude commandée par la foire de Francfort expose quelques usages de traitement de données de masse et d’algorithmes dans la chaîne du livre, et trace le cadre de la mise en œuvre de projets.

« L’intelligence artificielle ne remplacera pas les écrivains, mais elle peut renforcer le cœur de l’activité de l’édition » estiment Colin Lovrinovic et Holger Volland, auteurs d’une étude commandée par la foire de Francfort, et coréalisée avec le cabinet Gould Finch. Intitulée L’impact futur de l’intelligence artificielle dans l’industrie de l’édition, elle a été présentée pendant la foire, et est disponible en téléchargement.

A partir d’une enquête réalisée auprès de 300 professionnels de l’édition de livres et de presse, et d’entretiens avec des dirigeants, l’étude expose l’état des usages parmi les répondants, signale les limites de ces nouveaux outils et apporte quelques conseils pour ceux qui envisagent d’ouvrir des chantiers dans ce domaine.

Définie comme un ensemble de technologies conçues pour fonctionner avec pertinence et en autonomie, l’intelligence artificielle n’entraînera pas de réductions d’emploi assurent aussi les auteurs. Elle n’exige pas non plus d’investissements très lourds et donne satisfaction aux entreprises qui l’utilisent, les encourageant à poursuivre leurs développements.

La production littéraire à l’aide d’un programme reste un fantasme, mais ces outils, pourvus qu’ils soient nourris avec des quantités de données suffisantes, se montrent en revanche tout à fait utiles entre autres dans le marketing, la distribution, la recommandation dans la vente sur Internet – l’un des auteurs a travaillé chez Amazon.

Ces recommandations ne sont pas forcément pertinentes à 100% reconnaît l’étude, mais si 8 clients sur 10 sont satisfaits des propositions qui leur sont faites et achètent des livres en conséquence, c’est tout à fait suffisant pour un enjeu qui n’a rien à voir avec des programmes impliquant des risques humains, par exemple la mise au point de voitures sans chauffeur.

Des investissements encore trop prudents

L’enquête montre une grande prudence des répondants, la majorité d’entre eux n’ayant pas investi dans ce domaine et n’envisageant pas de le faire, tout en reconnaissant toutefois que le sujet deviendra important. Le futur des entreprises dépend pourtant grandement des investissements entrepris aujourd’hui affirme l’étude, qui exprime un positionnement plutôt défensif: utiliser les ressources de l’intelligence artificielle est nécessaire pour ne pas être dépassé dans un univers de plus en plus technologique, plus que pour prendre de l’avance sur ses concurrents.

Les rares exemples donnés sont positifs : Bookwire, site de vente de livres numériques et audio sur Internet, a vu ses ventes progresser de 25% en Espagne et en Amérique latine après avoir installé un système de tarification dynamique, basé sur des promotions régulières mais limitées, et un programme de recommandations de titres similaires à ceux déjà achetés par les clients. « Avec l’apprentissage automatique, le fonds devient une mine d’or pour les ventes potentielles basées sur les tendances du marché » affirment les auteurs. Ils évoquent aussi le programme Magnet, conçu par la société Klangoo, qui permet aux éditeurs utilisateurs d’établir des profils pour chaque client, lesquels reçoivent des newsletters individualisées.

Les programmes d’analyse de textes deviendraient aussi assez efficaces pour déterminer ce qui fonctionne, ou pas, et dans un processus narratif et travailler un contenu dans le sens souhaité – ce que font les éditeurs plutôt spontanément.

L’intelligence artificielle exige toutefois une masse de données considérable à analyser, et les résultats d’un programme ne sont pas utilisables d’emblée avertit l’étude, qui insiste sur la nécessité des compétences humaines à acquérir, par recrutement, ou par formation à condition de créer un environnement favorable dans l’entreprise.
 
close

S’abonner à #La Lettre