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Universitaire, Caroline Pascal est traductrice de l'espagnol et romancière depuis Fixés sous verre (2003). L'envers d'une vie est son quatrième roman publié chez Plon, et une espèce de performance. Plus que son histoire, certes riche en rebondissements, c'est sa structure qui en fait toute l'originalité. L'auteur, en effet, a choisi de retracer la destinée de son héros, Paul-Armand Delaunay de Coutainville, à rebours, de ses obsèques avec tous les honneurs en mars 2011, à sa naissance de bâtard en février 1941. En onze parties, regroupant de deux à une dizaine d'années, où sont narrés les principaux événements de la vie de celui que son meilleur ami, René, homosexuel discret et bienveillant rencontré en 1959 au pensionnat où on les avait placés tous deux, et qui devint un peu son ange gardien, son Jiminy Cricket, avait surnommé "Polar".
Tout le parcours de Paul-Armand, enfant illégitime dont la propre grand-mère maternelle feignait d'ignorer le nom du père, a été placé sous le signe de la quête de l'identité, le désir de réintégrer un milieu d'origine (des hobereaux embourgeoisés conservateurs) qui l'avait rejeté dès l'abord. D'où son second mariage avec Thérèse Dieulefit, orthophoniste versaillaise, fille de général, et leur installation dans l'hôtel particulier de ses parents à elle. D'où aussi sa carrière dans l'administration, les cabinets ministériels, quels que soient les gouvernements au pouvoir, de Giscard jusqu'en 2001, l'année de sa retraite. Un parcours sans accroc, si ce n'est, en 1989-1990, sa liaison un peu tapageuse avec Marie-Jeanne, une Noire attachante, à quoi mit un terme sa fausse couche de leur fille. Mais, à 50 ans, Polar aurait-il quitté sa famille recomposée, Thérèse et leurs trois enfants (sa fille à lui, Anne, ex-adolescente à problèmes, et ses deux fils à elle, Antonin et Florent), et son confort bourgeois pour repartir à zéro dans des conditions plus que modestes ? Sans doute pas. Ce n'était pas son genre. Lui qui, au fil des années, abandonna le nom de son beau-père Delaunay, qui l'avait élevé, pour "relever" celui de ses supposés ancêtres de Coutainville, gentilshommes du Cotentin à proximité du château (abandonné) desquels il avait acquis une ferme, à Valenseulles, où il fut enterré. Sa vie fut une espèce de combat contre la fatalité, de normalisation, après une jeunesse exécrable d'enfant laid et déclassé, une expérience désastreuse en Algérie, et des années de bringue pathétiques jusqu'au début des années 1970.
Ce destin médiocre, Caroline Pascal l'a métamorphosé en un roman réussi, servi par un style d'un classicisme impeccable, subtilement teinté d'humour à froid.

