Premier roman/France 22 août Olivier Dorchamps

Sa mère l'appelle dans la nuit, choquée, pour dire que leur père n'a pas voulu de son plat : « Parce qu'en trente ans de mariage, ton père l'a jamais refusé mon tajine aux olives. » Le père de Marwan, de retour du travail, est parti se coucher directement, sans dîner. Le narrateur de Ceux que je suis d'Olivier Dorchamps dit à sa mère qu'il faudra prendre un rendez-vous chez le médecin le matin ; quant à lui, il est fatigué, n'a pas envie de parler de sa rupture avec Capucine. Marwan éteint son portable et va au lit. Rallume son téléphone le lendemain. Trois messages de Foued son petit frère : « Papa est mort/Cette nuit/Vient ! »

Marwan, Ali son jumeau, par intermittence alter ego et frère ennemi, et le benjamin Foued entourent le corps de leur père, garagiste à Clichy, mort à 54 ans, un homme travailleur et taiseux originaire du Maroc mais qui ne leur avait rien transmis de son pays natal. Le Maroc, ç'avait toujours été la cuisine maternelle, quelques mots d'arabe par-ci par-là, l'Aïd avec les voisins... Un nom, une peau qui ne fait pas « de souche » - « un bronzage permanent qui supporte mal l'hiver à Paris, surtout quand il s'agissait de trouver un petit boulot pour payer mes études » -, sinon, Marwan Mansouri, prof d'histoire-géo, se sent, est français. Aucun héritage venu de l'autre côté de la Méditerranée, pas de mosquée, pas d'histoires du bled. Quand il est parti en France au début des années 1960, le père semblait avoir tourné le dos à ses racines maghrébines, pourtant voilà que parmi ses dispositions testamentaires il a souhaité être enterré à Casablanca. Le deuil va se doubler d'une épopée. Feu le garagiste ne sera pas incinéré c'est haram, « interdit » chez les musulmans, il faudra accompagner la dépouille en avion. La mission incombe au héros. Les autres prendront la route. Au Maroc, c'est le Marocain d'avant qu'il découvre, le fils du meilleur ami de Kabic, qui leur raconte leur père.

Olivier Dorchamps, dont c'est ici le premier roman, creuse la question de l'identité multiple, voire contrariée :« arabes ici et français là-bas ». Les dialogues sont naturels, le ton est calme, sans acrimonie, ce qui n'empêche pas la lucidité. En dépit d'un discours théorique d'intégration, Marwan le prof se souvient d'un élève métis algérien qui s'était fait traiter de « nullité d'Arabe » au foot : « Ce qu'on lui reprochait, c'était [...] de n'avoir pas gagné la Coupe du Monde. A onze ans. »

Olivier Dorchamps
Ceux que je suis
Finitude
Tirage: 5 500 ex.
Prix: 18,50 euros ; 256 p.
ISBN: 9782363391186

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