C’est presque un exploit pour un éditeur de sciences humaines et sociales français d’exporter des droits outre-Manche : en 2013, seulement 32 titres français ont été vendus à des éditeurs britanniques selon une étude tout juste publiée du Bureau international de l’édition française (Bief) sur "L’édition des sciences humaines et sociales au Royaume-Uni". Au total, les cessions de droits à des éditeurs britanniques atteignent 290 titres, l’édition de SHS arrivant en quatrième position, derrière la BD, la jeunesse et la fiction.
Le travail du Bief apporte aussi des éléments sur le marché général de l’édition britannique, autour de 3 milliards de livres sterling (soit 4,2 milliards d’euros, contre 2,7 milliards d’euros en France). En 2013, quelque 184 000 nouveautés ont été publiées, trois fois plus qu’en France (66 500). Le livre numérique représente 15 % des revenus des éditeurs ayant dématérialisé leur catalogue.
Comme en France, l’édition savante et académique est assurée à la fois par des entreprises privées, et par des structures à but non lucratif, mais avec une situation plus équilibrée : à côté de grands groupes internationaux comme Pearson, McGraw-Hill, Reed Elsevier, Wolters Kluwer, etc., les presses universitaires tiennent aussi leur place dans un marché évalué à 1,1 milliard de livres sterling (1,5 milliard d’euros) en 2012, qui comprend toutefois aussi l’édition professionnelle. Le numérique représente 16 % du total. L’exportation assure un peu plus de la moitié des ventes de livres imprimés.
Les presses universitaires bénéficient d’un statut fiscal d’exception, note l’étude. Oxford University Press, la plus importante d’entre elles, emploie 5 500 personnes dans le monde, publie 6 300 nouveautés par an, avec un chiffre d’affaires qui dépasse la centaine de millions de livres sterling. La publication de revues constitue un élément important de l’économie de ces maisons, l’ensemble étant porté par l’anglais, devenu la langue internationale de la recherche. L’édition de SHS s’appuie aussi sur le marché des bibliothèques : leurs budgets sont en réduction, mais restent importants. "Largement autosuffisant", le marché britannique n’échappe pas à la rationalisation qui rend les éditeurs hésitants à investir dans des frais de traduction pour des auteurs étrangers plus difficiles à promouvoir. Les aides et les subventions sont donc déterminantes, insiste l’étude, qui liste en annexe les coordonnées des éditeurs et de leur maison. Hervé Hugueny
