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Absorber, consolider, intégrer, s’étendre, se remodeler… Fondée en 1826 rue Serpente, Hachette est devenu un groupe mondial qui s'est construit, décennies après décennies, par des strates successives de rachats. De la main mise sur l’édition scolaire au XIXe siècle jusqu’aux expansions aux marchés anglo-saxons ou hispanophones en passant par la vague d’achats d’éditeurs littéraires des années 1950-1960 : retour sur les acquisitions qui ont fait l’histoire du groupe.
XIXe siècle : du scolaire à Hetzel
L'histoire d'Hachette commence par une acquisition : celle du brevet de libraire-éditeur et du fonds de Jean-François Brédif, au 1, rue du Battoir-Saint-André (aujourd'hui rue Serpente) en août 1826. Les décennies suivantes sont connues : profitant de la loi Guizot de 1833 et de l'expansion de l'instruction publique, la maison de Louis Hachette absorbe progressivement des fonds concurrents jusqu'à devenir le seul fournisseur de manuels scolaires, vendant un million d'exemplaires de son Alphabet et Premier livre de lecture au gouvernement en trois ans.
Concomitamment, s'étendent les premières ramifications de la « pieuvre verte ». Surnom que lui donne la presse du fait des devantures vert sombre de ses établissements et de sa « bibliothèque verte »). Installé à Alger dès 1846, Hachette crée un département étranger dont la première succursale ouvre à Londres en 1859, puis à Leipzig, Saint-Pétersbourg, Rome, Buenos Aires ou Vienne avant 1900. En y ajoutant l'ouverture des premières bibliothèques de gare, les créations de la Bibliothèque des chemins de fer et de la Bibliothèque rose, les rachats du fonds Joanne, du périodique Le Tour du monde jusqu'aux éditions Hetzel (qui publient Jules Verne) : les bases du futur empire éditorial sont posées.
1950-1960 : la conquête du littéraire français
L’après-guerre est pour Hachette une période de basculement culturel. Le groupe absorbe successivement plusieurs maisons historiques incarnant littérature et prestige éditorial français. Ce sera le cas de Grasset en 1954, Fayard en 1958, Fasquelle en 1959 et Stock en 1961. Chaque maison apporte son catalogue d’auteurs (de François Mauriac à Romain Gary), son héritage, ses marchés et ses prix littéraires.
Pour le paysage éditorial, c’est un changement majeur : Hachette contrôle désormais une part décisive du « haut de gamme » français, phénomène dopé par le lancement en 1953 du Livre de Poche, via la Librairie générale française associée à Calmann-Lévy.
Années 1980 : à l’assaut du monde
Dès 1988, sous l’ère Lagardère (qui a racheté Hachette en 1981), le groupe lance une offensive d’acquisitions internationales globales : Salvat (Espagne), Grolier (États-Unis), Orion, Cassell, Octopus (au Royaume-Uni, socle du futur Hachette UK).
Ces achats marquent aussi un focus appuyé sur l’illustré et l’éducatif. Octopus deviendra une référence mondiale des beaux-livres. Grolier (encyclopédies, revendu en 2000) ouvre les portes du marché américain, quand Salvat (et plus tard Bruño, en 2001) renforcent les marchés hispanophones.
Années 2000 : l’éducatif et le pro
De 2002 à 2004, Lagardère rachète au terme d’un long feuilleton Vivendi Universal Publishing (Vup). Malgré les cessions imposées par les autorités européennes de la concurrence, plusieurs nouvelles marques rentrent dans le giron de Hachette : Larousse, Dunod, Armand Colin, Dalloz, Nathan-Université. Ce nouveau bloc recompose instantanément le pôle scolaire/droit/universitaire français, encore plus en y ajoutant les acquisitions d’Hatier (1996) et de Bruño (2001).
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2005-2010 : naissance de Hachette Book Group
À l’international, au milieu des années 2000, Hachette Livre rachète Hodder Headline (littérature générale, jeunesse, éducation) à WH Smith puis regroupe l’ensemble de ses filiales britanniques dans une nouvelle entité : Hachette UK, devenant d’emblée le n°2 de l’édition grand public au Royaume-Uni, derrière Random House.
De l’autre côté de l’Atlantique, en 2006, Lagardère met la main sur Time Warner Book Group, pour 530 millions de dollars, et donne de la même façon naissance à Hachette Book Group (HBG) sur le marché nord-américain. La même période voit les intégrations de Chambers et Harrap’s côté britannique, et des catalogues adulte et non-fiction d’Hyperion (Disney). Ces mouvements propulsent Hachette dans le club restreint des grands acteurs mondiaux de langue anglaise.
Années 2020 : diversification
200 ans après sa création, et dans le contexte d’un nouveau rachat capitalistique à épisode, Hachette Book Group entame dans les années 2020 une série de rachats allant dans le sens d’une diversification : Workman Publishing, les éditeurs ou distributeurs de jeux Gigamic, Blackrock Games, Sorry we are french, Hiboutatillus ou le Scorpion masqué...
Mais aussi Bragelone, Laurence King, Sterling, le Livrescolaire.fr, John Catt, Illuminate, Welbeck ou encore de Paperblanks, marque mondiale de papeterie haut de gamme. Jusqu'aux marques Routard et Ducasse Edition. Ou encore 999 Games, leader de la distribution de jeux de société aux Pays-Bas, et, le 20 février 2026, aux éditions de bande dessinée Petit à Petit, reprises après leur placement en redressement judiciaire. Une façon de montrer que deux siècles après sa naissance, la dynamique d'Hachette semble rester identique : grandir pour durer.
