Paris

Salon du livre 2014 : le livre spectacle

Toutes les photos sont d’Olivier Dion.

Salon du livre 2014 : le livre spectacle

Ludique et divertissant, le Salon du livre de Paris affiche la grande diversité du secteur. La mise en scène des animations et des rencontres avec les stars de la littérature, des médias et de la politique a fait cette année encore carton plein. Un réconfort dans cette période difficile en librairie.

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Par François Oulac, Manon Quinti, Hervé Hugueny, Véronique Heurtematte,
Créé le 28.03.2014 à 00h00,
Mis à jour le 03.04.2014 à 17h10

vec une affluence totale de 198 000 visiteurs, selon les organisateurs, le Salon du livre de Paris 2014 a démontré une nouvelle fois son succès. Les nombreux débats, les animations interactives et la présence d’auteurs stars (Amélie Nothomb, Katherine Pancol, Jean d’Ormesson, Gilles Legardinier…) confirment le statut du Salon, bal médiatique efficace, qui permet aux exposants d’en revenir avec le sourire.

L’édition 2014 a mis l’Argentine à l’honneur. La présidente Cristina Kirchner a inauguré la manifestation aux côtés de Jean-Marc Ayrault et Aurélie Filippetti. Avec la présence de plus d’une quarantaine d’auteurs argentins, dont le dessinateur Quino, créateur de Mafalda, la thématique a été une réussite. Gaëlle Toussaint, directrice adjointe de la communication de la Fnac (libraire officiel des stands Argentine et Shanghai), s’est ainsi réjouie de la "belle attractivité" du pavillon d’honneur.

Jean-Marc Ayrault inaugure le Salon jeudi à 18 h 30 avec la présidente argentine, Cristina Kirchner.

Un chiffre d’affaires stable

Sur certains stands, le bilan est mitigé. Les visiteurs ont été nombreux pendant le week-end, mais les journées de vendredi et de lundi auraient été selon certains exposants plus faibles que l’année dernière. Certains éditeurs enregistrent une nette progression de leur chiffre d’affaires, comme L’Ecole des loisirs qui affichait pour la première fois son nouveau label Rue de Sèvres (+ 15 %). Bragelonne bondit de 120 % par rapport à 2013, pour une surface de 15 m2 seulement, grâce à Poison (170 ventes) et aux Stagiaires (110 ventes), P.O.L salue une "forte hausse". Les éditeurs de bandes dessinées et de mangas sont également satisfaits, à commencer par Ki-oon qui progresse de 35 %, mais aussi Delcourt, Dupuis-Dargaud-Le Lombard et Glénat, qui annoncent un chiffre d’affaires à peu près stable.
Le stand de l’Argentine, avec sa librairie tenue par la Fnac.

D’autres maisons, en revanche, ont dû s’adapter pour limiter les pertes, face à un contexte économique en berne et à la concurrence des élections municipales, qui ont attiré les Français loin du Salon. Chez Fayard, explique David Strepenne, directeur commercial, "on a pris un stand de 10 m2 de moins que l’an dernier". Une optimisation des coûts et de l’espace qui a permis à l’éditeur de réaliser le même chiffre d’affaires que l’année dernière, pour un bilan "globalement positif". Encore plus que les années précédentes, la prime est allée aux petits prix, poche en tête.

Francis Esménard et Katherine Pancol, son auteure best-seller (Albin Michel).

Des animations réussies

La plupart des exposants s’accordent sur ce point : l’aspect commercial du Salon est secondaire. Ce qui compte avant tout, c’est l’image et l’attractivité du livre. D’où la multiplication d’animations comme celles du Square culinaire, un espace de 625 m2 qui, pour la deuxième année consécutive, rassemblait toute la littérature gastronomique et mélangeait démonstrations in vivo de chefs étoilés, dégustations et séances de dédicaces. Résultat : + 15 % pour Eyrolles, la librairie de l’espace culinaire. De même, la reproduction de la Jeep rouge de Tintin, sur le stand Casterman, a attiré beaucoup de monde. L’animation Fnac Studio, où les visiteurs se faisaient prendre en photo par un professionnel, a totalisé plus de 800 clichés par jour. Mais dans cette opération de séduction, les écrivains et autres personnalités médiatiques sont en première ligne.

Le poids des plumes

Cette année encore, les auteurs étaient nombreux à venir dédicacer leurs livres. Encore inconnu il y a trois mois, Edouard Louis, l’auteur d’En finir avec Eddy Bellegueule, a écoulé 150 exemplaires de son premier roman paru au Seuil. Sur le stand Albin Michel, qui alignait une impressionnante équipe d’auteurs champions des signatures (le Goncourt Pierre Lemaitre, Amélie Nothomb, Katherine Pancol, Eric-Emmanuel Schmitt, Christian Signol, Bernard Werber, etc.), les ventes ont progressé de 3 à 4 %, indique Jean-Yves Bry, directeur commercial.

Aux éditions Héloïse d’Ormesson, Tatiana de Rosnay a vendu 380 livres en deux jours, et Jean d’Ormesson 104 exemplaires en une heure, dimanche. Chez Gallimard, Jean-Christophe Rufin a été, avec son nouveau roman Le collier rouge dont plus de 200 exemplaires se sont vendus en une journée, la meilleure signature du stand, selon les responsables.

Chez Flammarion, on attribue la hausse de chiffre d’affaires (+ 10 %) aux signatures de Christiane Taubira, Christine Angot, David Foenkinos et Cassandra O’Donnell (auteure de la série fantastique Rebecca Kean chez J’ai lu). Cette dernière a vendu 240 exemplaires au total.

Le Salon bénéficie d’un évident effet "vu à la télé" qui attire les foules, venues voir des personnalités comme l’acteur Jean Rochefort, chez Stock, ou l’animateur Michel Drucker, qui a enchaîné les dédicaces sur le stand Robert Laffont.

Tous ces succès redonnent le sourire aux éditeurs et constituent un remède à la crise.

Chez Stock, où le chiffre d’affaires est resté stable, Charlotte Brossier le reconnaît : "C’est sûr qu’on perd un peu d’argent en venant au Salon du livre, mais c’est surtout un bon outil de communication. Ça nous permet de mettre en valeur nos auteurs, et puis de faire le lien avec nos libraires."

Même écho chez Grasset, pourtant en baisse de 10 % par rapport à 2013 : "La prime est clairement allée aux collections de poche et aux signatures de personnalités médiatisées et surmédiatisées : Ségolène Royal, Sorj Chalandon, les frères Bogdanov… analyse Jean-Marc Levent, directeur commercial. Dans ce contexte, on a le sentiment d’avoir bien résisté."

Retour aux bases

Au-delà de sa dimension people, le Salon reste un lieu de rendez-vous professionnel important. Ce que confirme Antoine Fron (librairie L’Arbre à lettres, Paris 5e), qui tenait le stand Stock cette année : "C’est une bonne occasion d’évoluer dans le milieu, de rencontrer des éditeurs. C’est aussi une bouffée d’air frais, car on rencontre un public qui ne vient pas forcément en librairie. Il y a chez ces lecteurs un enthousiasme qui rassure sur l’état de la lecture.""Le côté people crée une animation pas forcément agréable, ajoute chez Grasset Rémy Elhinger (librairie Coiffard à Nantes), mais les conditions de travail sont confortables. On retourne aux bases de la librairie, où le commerçant donne beaucoup de sa personne."

"On y va pour que les auteurs soient contents, que la maison soit soudée. C’est un moment de cohésion, avec un côté festif", explique David Strepenne. Ni vraiment littéraire, ni totalement people, le Salon du livre a, cette année encore, bruyamment célébré la lecture. < F. O.

Narcisse au salon

Et moi, et moi, et moi… Autoédition, selfies, rencontres VIP, le Salon du livre, c’est aussi le moment de se mettre en scène et de soigner son ego. Comme quoi, le livre reste toujours valorisant.

Le must : une photo avec Marc Lavoine sur le stand La Martinière.

Une impression de vanité

Désormais, les habituels porteurs de manuscrits que fuient les éditeurs traditionnels trouvent des oreilles attentives au Salon. Amazon et Kobo se livrent une féroce concurrence pour capter leur attention. Pour tous les deux, il s’agit d’attirer tous les producteurs possibles de textes, quelle que soit leur qualité et sans aucun a priori à ce sujet, pour les encourager à s’autopublier sur les sites de ces deux librairies numériques. D’autres exposants moins connus poursuivaient le même objectif : TheBookEdition, proposé par l’imprimeur lillois Reprocolor, ou encore BooksOnDemand, filiale du grossiste allemand Libri, Bookelis, Edilivre, Librinova. Par conséquent, chaque auteur en chambre trouve au Salon une caisse de résonance qui ne peut que flatter son ego. A l’heure de l’autoédition numérique, tous les rêves sont permis. Dans ce registre, Amazon a une bonne longueur d’avance sur tous ses concurrents, avec sa plateforme Kindle Direct Publishing (KDP) pour une diffusion immédiate sur sa liseuse, dont le nom avait remplacé celui du groupe au-dessus du stand. Le service est rodé depuis plus de cinq ans aux Etats-Unis, où l’autoédition se désigne d’une expression chargée de toute l’irrépressible envie d’être publié : "vanity press". Le numérique encourage les auteurs à se révéler. En espérant qu’ils ne seront pas plus nombreux que les lecteurs.

La folie des selfies

La mode des "selfies", ces autoportraits pris avec son téléphone portable, n’a pas épargné le Salon du livre. De nombreux lecteurs ont profité d’une séance de dédicace pour se prendre en photo avec leurs auteurs préférés. Parmi les plus plébiscités (surtout par la gent féminine), Nicolas Bedos et Marc Lavoine. Les organisateurs avaient pressenti la tendance : un membre de l’équipe a été chargé de parcourir le salon pour recueillir un autoportrait des personnalités présentes et les poster sur Twitter sous le hashtag #selfiesalondulivre. Beaucoup se sont prêtées au jeu du selfie en solo : Emilie de Turckheim, Katherine Pancol, Yasmina Khadra, Mamadou Mahmoud N’Dongo, Frédéric Mitterrand, Sempé, Diane Ducret, Edwy Plenel, Cécilia Attias, Lionel Jospin, Amélie Nothomb, Yann Moix, et même Antoine Gallimard. Certains ont préféré le selfie à plusieurs, comme la romancière québécoise Yolande Villemaire avec Dany Laferrière ou encore Tatiana de Rosnay avec des lecteurs. Même la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, y est allée de sa photo groupée, en compagnie notamment de Vincent Monadé, président du CNL.

Les rencontres VIP boudées

Anticipant cette tendance, le Salon proposait cette année un "pass premium" qui offrait, pour 49 euros, une rencontre "VIP" en tête à tête avec un auteur et son éditeur. Au programme : Grégoire Delacourt et Karina Hocine, Frédéric Lenoir et Sophie de Closets, Leonora Miano et Olivier Nora ou encore Yann Moix et Jean-Paul Enthoven. Le succès n’a pourtant pas été au rendez-vous : seuls 300 pass ont été vendus, et la plupart des détenteurs ne se sont pas inscrits à ces rencontres, malgré plusieurs relances de la part de l’équipe du Salon. Finalement, une dizaine de personnes ont participé à chacune d’elles. Un nombre en deçà des espérances des organisateurs : "La première motivation des détenteurs du pass était d’avoir un accès coupe-file et illimité à la manifestation », constatent-ils en prévoyant de faire évoluer la formule à la lumière de cette première expérience. <

Manon Quinti et Hervé Hugueny

Les bibliothèques à l’honneur

Mises en valeur dans le discours de la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, les bibliothèques ont été présentes au Salon du livre essentiellement par les nombreux débats organisés autour de la question du prêt de documents électroniques.

Pendant le discours d’Aurélie Filippetti dans l’amphithéâtre du CNL.

Lors de son discours, lundi 24 mars, sur le stand du Centre national du livre (CNL), la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a créé la surprise en concentrant principalement son propos sur les bibliothèques, devant un auditoire pourtant constitué majoritairement d’éditeurs. La ministre a réaffirmé que l’essentiel des efforts du ministère en 2014 serait consacré aux bibliothèques, "réseau exceptionnel de partage et de démocratisation de la lecture et de la culture », rappelant que les bibliothèques s’étaient récemment invitées dans l’actualité avec le débat sur l’extension des horaires d’ouverture et la polémique autour des tentatives de contrôle sur les collections mises à disposition du jeune public.

Elle a annoncé plusieurs initiatives, en particulier l’organisation à l’automne prochain d’une journée de réflexion rassemblant les professionnels, les élus et les parlementaires sur le rôle des bibliothèques comme lieux de pluralisme. La ministre a également évoqué une enquête sur les activités des bibliothèques à destination des enfants et des publics scolaires, ainsi que la publication en fin d’année 2014 d’un guide pratique sur les horaires d’ouverture, promettant un soutien financier aux collectivités locales qui engageraient des efforts dans ce domaine. Elle a rappelé les différentes actions menées par le ministère en faveur du développement du numérique en bibliothèque et a annoncé la création d’un "baromètre des services et usages numériques en bibliothèque".

Le prêt de livres électroniques

Le numérique a occupé l’essentiel des débats organisés autour des bibliothèques, et en particulier la question du prêt de livres électroniques. Les Assises du livre numérique, organisées par le Syndicat national de l’édition, ont proposé un tour d’horizon des offres commerciales en France, complété de quelques exemples européens et du modèle québécois. Lundi, la table ronde sur le stand du CNL a complété le panorama avec une présentation de la situation aux Etats-Unis, où l’on sait que la mise en place d’une offre commerciale de livres numériques pour les bibliothèques s’est faite au prix d’affrontements et d’âpres discussions entre bibliothécaires et éditeurs. Aujourd’hui, le principal acteur de ce marché est Overdrive, qui compte 28 000 bibliothèques clientes dans le monde, auxquelles cette entreprise propose 1,8 million de titres sous droits. L’intervention du représentant de l’American Library Association a montré que tout n’était pas encore réglé. La présence d’un bouton "buy it now » dans le catalogue des bibliothèques permettant aux usagers de basculer sur un site marchand ne fait pas l’unanimité. L’après-midi, l’exposé des trois exemples de diffusion de l’ebook dans les bibliothèques de Grenoble, de Karlsruhe en Allemagne et de Luton en Grande-Bretagne a pointé des problématiques communes, en particulier une offre encore trop limitée de la part des éditeurs. <

Véronique Heurtematte.


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