Rentrée littéraire 2021

Sandra Vanbremeersch, « La Dame couchée » (Seuil) : La danseuse de Meudon

Sandra Vanbremeersch - Photo © BÉNÉDICTE ROSCOT

Sandra Vanbremeersch, « La Dame couchée » (Seuil) : La danseuse de Meudon

Sandra Vanbremeersch en immersion chez Lucette Destouches, la veuve de Céline.

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Par Jean-Claude Perrier,
Créé le 30.07.2021 à 10h00,
Mis à jour le 30.07.2021 à 11h28

Entre 1961, année de la disparition de Louis-Ferdinand Céline, et le 8 novembre 2019, jour de la mort de Lucette Destouches, son épouse depuis 1943, celle-ci, demeurée dans la Villa Maïtou qu'ils avaient achetée en 1951, s'était vue instituée comme la grande prêtresse d'un culte malsain, rendu à un écrivain plus que controversé - génie pour ses thuriféraires, salaud pour tous ceux qui, à juste titre, n'ont jamais oublié ses prises de position abjectes, son antisémitisme criminel avant et pendant la guerre.

Pour une certaine coterie, un petit milieu où l'on aime à se compromettre après coup, il était de bon ton, très chic même, de se rendre en pèlerinage au 25 ter route des Gardes, à Meudon pas encore gentrifiée, afin d'être reçu par Madame, ancienne danseuse au franc-parler intact, et aux souvenirs encore bien précis, jusqu'en son grand âge. Les privilégiés étaient même conviés à dîner : salade de pommes de terre, poulet, gâteaux, ou homard quand était là son avocat munificent, le fidèle des fidèles, celui que Sandra Vanbremeersch appelle Jack dans son roman.

Mais le temps avançant, Lucette, bientôt centenaire (elle était née en 1912), eut besoin d'aides de vie, de domestiques. Comme Violette, la narratrice de La dame couchée, embauchée en 2000 avec son compagnon Victor, femme et homme à tout faire éphémères. Ils resteront en fait vingt ans à Meudon, aux premières loges pour vivre l'enfer d'un quotidien confiné, comme hors du monde, mais aussi la sinistre comédie mondaine qui s'y déroule à chaque dîner, puis l'inexorable décrépitude de Lucette Destouches, devenue, à la fin, une espèce de momie. Ce qui ne l'empêche pas, le jour de son 107e anniversaire, d'asséner à Violette qu'elle ne l'aime pas. Qu'elle ne l'a jamais aimée. La scène est terrible, comme d'autres dépeintes avec crudité. D'autres encore sont plutôt grotesques, avec des portraits au vitriol des premier et dernier cercles des fidèles, dissimulés sous des pseudonymes. Ils se reconnaîtront. Le lecteur lui, sort brisé de ce huis clos oppressant, de ce livre bref mais dense, où l'on espère que beaucoup est fiction. Pas sûr. La Villa Maïtou, elle, rachetée par un voisin, a été rénovée, et ne se visite plus.

Sandra Vanbremeersch
La Dame couchée
Seuil
Tirage: 5 000 ex.
Prix: 17,50 € ; 176 p.
ISBN: 9782021486650

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