Papier ou PDF : quel est le meilleur support pour lire un service de presse ? La question, qui divise de longue date éditeurs, attachés de presse et journalistes, engendre généralement des avis tranchés. « Le cerveau n’est pas calibré pour travailler à l’aide d’un fichier PDF et les éditeurs le savent », défend par exemple Nelly Mladenov, active depuis près de 20 ans dans les relations presse à Paris (Grasset, Actes Sud, Arléa, etc.). La professionnelle poursuit : « Le numérique ne semble pas tenable, en matière de services de presse. Je ne vois pas comment les envois physiques pourraient disparaître. Parmi les journalistes avec lesquels je collabore, j’en compte peut-être cinq sur 200 à lire sur PDF… »
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Valérie Guiter, attachée de presse collaborant notamment avec Le Seuil, Seghers et Stock, abonde dans son sens : « J’envoie très peu de SP sous forme numérique. Ceci étant dit, je peux faire des exceptions si on me le demande, ou alors pour des journalistes à l’étranger, comme en Suisse et en Belgique. Cela peut aussi m’arriver, plusieurs mois après la sortie d’un livre, si une émission de radio ou de télévision se profile, à destination des collaborateurs de l’animateur. » Mais, à ses yeux, « le physique reste encore incontournable ».
Les éditeurs semblent tout aussi mesurés face à la numérisation des SP. Amandine Dumas, responsable presse non-fiction chez Terre Neuve éditeurs (l'Observatoire, Passés Composés, Les Équateurs…), parle d’une « demande de SP numérique encore marginale ». Quand Gilles Paris, à la tête de sa propre agence de presse (qui a comme clients les éditions du Cerf et Albin Michel notamment) met en avant « la culture du livre papier ». Certains professionnels, comme ceux des Belles Lettres, ont tout simplement choisi de ne pas recourir au numérique pour cette question.
Peu de SP numériques pour les ouvrages élaborés
Cette tendance semble d’autant plus aisément compréhensible pour les éditeurs d’ouvrages aux formats un peu élaborés. Ainsi, Marine Boutroue, l’une des six membres de l’équipe à la tête des éditions associatives Tendance négative, explique son non-recours aux envois de SP en PDF : « Nous travaillons la forme du livre, de concert avec le texte. Envoyer des fichiers numériques n’aurait donc aucun sens car cela ne permettrait pas de rendre compte du livre en lui-même. »
Les éditeurs de bande dessinée font aussi part de leur perplexité. Antoine Beauclair, responsable commercial des éditions Pictavia et des Humanoïdes associés, fait valoir le caractère capital de l’envoi de SP physiques, « puisque la BD reste avant tout un objet ». Hélène Werlé, responsable des relations publiques de Dargaud, ajoute : « La pagination des BD est de plus en plus importante. Lire 300 pages sur format numérique, c’est un peu enquiquinant… »
Cependant, elle doit tempérer son discours, puisque sa maison adresse « de plus en plus » de SP numérisés. « Le papier est certes valorisant mais les frais d’envois coûtent de plus en plus cher, explique-t-elle. Par conséquent, on nous demande de plus en plus de travailler comme cela. » Pour ce faire, Dargaud dispose d’un site pour la presse. Les journalistes peuvent y retrouver, entre autres, La Longue Marche de Lucky Luke de Matthieu Bonhomme, paru le 17 avril, et en télécharger une version en basse définition et quelques planches.
« L’arrivée du numérique a opéré un véritablement changement »
Du côté des critiques et journalistes, l’évolution est perceptible. Ainsi, Laurent Lemire, critique littéraire de Livres Hebdo, spécialisé dans l’Histoire et les sciences humaines, dit recevoir « la plupart des SP sous forme numérique ». Le professionnel poursuit : « Le papier, désormais, c’est quand on l’exige. Je le demande pour des ouvrages de 700 pages car la lecture sur écran reste difficile. Mais l’arrivée du numérique a indéniablement opéré un véritable changement. »
Et, en effet, « les journalistes ont pris l’habitude de lire en PDF », certifie Valérie Borgese, directrice du service de presse des éditions Cherche Midi et Séguier. Selon elle, cette pratique « s’est évidemment beaucoup étendue depuis la Covid, même si elle n’est pas encore devenue la pratique la plus généralisée ». Damien Brevet, commercial aux Messageries Le Dissez, ne se sent donc « pas inquiet » sur le futur de son activité d’envois de SP pour les éditeurs.
Du côté d’Adar Services, par la voix de son dirigeant, Simon Lucas, on s’inquiète tout de même un peu : « À long terme, je suis perplexe quant à l’usage du SP physique au sein des maisons d’édition. J’ai du mal à me positionner. » De nouveaux acteurs sont ainsi entrés sur le marché. NetGalley, dont Livres Hebdo a acquis la licence d’exploitation fin mars, se spécialise dans la diffusion de SP numériques et audio. Des éditeurs comme Audiolib, Lizzie, Média Participations ou le groupe Delcourt lui ont déjà emboîté le pas.
