Liseuses

Tite-Live et Bookeen font leur Diva

Michael Dahan et François Boujard, respectivement P-DG de Bookeen et de Tite-Live. - Photo OLIVIER DION

Tite-Live et Bookeen font leur Diva

L'alliance entre la société de services aux librairies indépendantes et le concepteur de liseuses, dont elle a acquis 30 % du capital, permet aux deux partenaires de proposer sous le label Diva un service complet de lecture numérique. _ par Hervé Hugueny

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Par Hervé Hugueny,
Créé le 29.03.2019 à 00h00,
Mis à jour le 29.03.2019 à 00h00

Dès septembre, Bookeen et Tite-Live proposeront aux librairies indépendantes une solution complète de vente de livres numériques. Le label Diva désignera à la fois une nouvelle gamme de liseuses, une application de lecture et d'écoute de livres audio pour smartphones et tablettes, une plateforme de distribution de ces fichiers vers les sites de vente, le tout compatible avec le système de protection LCP, débarrassé des lourdeurs d'Adobe utilisé jusqu'à présent.

« Nous voulons produire un service offrant la même fluidité et facilité d'usage que les systèmes intégrés des groupes américains », déclare François Boujard, le  P-DG de Tite-Live. La société de services aux librairies, fondée en 1983, fournit notamment le système de gestion Medialog et les sites de vente numérique en marque blanche proposés par ePagine, autre société du groupe.

Solutions faciles

« Nous travaillons ensemble depuis près d'une dizaine d'années, et nous complétions l'offre d'ePagine avec nos liseuses », ajoute Michael Dahan, le P-DG de Bookeen, créée en 2003. Les ventes annuelles plafonnaient à un millier d'unités, réalisées par quelques dizaines de libraires motivés, pour répondre aux commandes de bibliothèques ou à la demande de clients militants. « Les libraires ont besoin de solutions faciles, et malgré tous nos efforts nous n'arrivions pas au niveau de service nécessaire », reconnaît-il. En cause, deux éléments extérieurs que ne maîtrisaient pas les deux partenaires : la relative complexité du système antipiratage d'Adobe, responsable d'une grande partie des problèmes dont se plaignent les lecteurs, et la non-disposition des fichiers de livres, transmis depuis les serveurs des distributeurs, dont les plus importants refusaient jusqu'alors de les laisser à la disposition de ces acteurs jugés trop modestes.

La fiabilité promise par les deux nouveaux associés devrait les rassurer, et Michael Dahan se dit confiant quant aux négociations en cours pour obtenir copie des quelque 400 000 fichiers de l'ensemble du domaine français. « Nous disposons déjà d'une partie d'entre eux », indique le P-DG de Bookeen, sans en préciser la proportion. Ce ne serait que logique de la part des principaux groupes (Hachette, Madrigall, Editis, entre autres), qui ont soutenu la création d'EDR Lab, chargé de concevoir un système de protection de fichiers moins coûteux et plus efficace que celui d'Adobe, afin de donner aux libraires indépendants les mêmes chances que leurs grands concurrents.

Régulation et organisation

C'est précisément l'objectif de Bookeen et de Tite-Live, dont l'offre à venir justifie les efforts de régulation et d'organisation du marché entrepris par les pouvoirs publics et les groupes d'édition : loi sur le prix du livre numérique, médiateur du livre, application de la TVA à taux réduit, financement et installation à Paris de l'EDR Lab, qui a stabilisé la norme EPUB3, et conçu le système antipiratage LCP, interopérable et contrôlé par un consortium de professionnels.

Comme Amazon, Kobo ou la Fnac, les librairies indépendantes pourront vendre des liseuses à leur nom, avec un système d'achat intégré, et une application mobile unique. Selon le dernier baromètre sur les usages du livre numérique, 21 % des achats se font directement sur une liseuse, et 37 % via une application. Mais cette solution arrive bien après l'équipement de nombreux lecteurs chez Amazon ou Apple, qui ont constitué leur marché captif à l'aide de fichiers inutilisables sur d'autres appareils ou applications que les leurs.

Dans la répartition des tâches, « nous nous chargeons de la partie matérielle, pour la conception des liseuses, les négociations avec les fabricants en Asie, le développement des applications mobiles pour IOS et Android. Nous refaisons totalement cette partie clients, avec des fonctions originales, nous passons un cap », explique Michael Dahan. « ePagine gère les serveurs de distribution des fichiers encryptés avec LCP vers les librairies numériques, les liseuses et les applications de lecture, de Bookeen ou de tout autre conception adaptée à cette norme interopérable », ajoute François Boujard.

Pour sceller cette alliance, le groupe Tite-Live a pris, via sa holding Polybe, 30 % de Bookeen, sous deux formes : une augmentation de capital de 9,5 % avec un apport de 367 000 euros, qui financera une partie des investissements nécessaires. Polybe reprend aussi la participation de Turenne Capital, société financière présente depuis 2009, et une partie des parts de Laurent Picard, cofondateur de la société avec Michael Dahan, qui reprend le solde des parts de son ex-associé et contrôle son entreprise à hauteur de 70 %.

Le rapprochement dégagera aussi des moyens supplémentaires. « Une seul équipe de développeurs fournira le travail nécessaire à l'ensemble de la plateforme. Nous n'aurons plus qu'un hébergement de fichiers à régler, les frais de service après-vente devraient baisser de moitié, avec la fin progressive de l'utilisation d'Adobe, coûteux et qui générait une part importante des 5 à 7 % de problèmes signalés : un tel retour pour des livres papier serait insupportable, et il l'est tout autant dans le numérique », signale le P-DG de Tite-Live.

Un enjeu aussi pour les libraires qui décideraient de proposer Diva à leurs clients : les acheteurs de liseuses sont en priorité de gros lecteurs, qu'il importe de ne pas décevoir au profit de la poignée d'acteurs dominant le marché.

Bookeen Tite-Live

18 salariés, dont 3 en Chine.

5 M€ de chiffre d'affaires, dont 60 % à l'export. 1 M€ provient de la vente de livres numériques, notamment dans les espaces culturels E. Leclerc.

100 salariés

1 000 librairies clientes en France, Suisse et Benelux.

9 M€ de chiffre d'affaires, dont 1 million dans la vente de livres numériques via ePagine.


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