Torcatis

Torcatis : la librairie comme une œuvre d’art

Le sculpteur Gzilépoc travaille uniquement avec des matériaux recyclés. Ici, le meuble de caisse, monolithe blanc inamovible. - Photo PHOTO TORCATIS

Torcatis : la librairie comme une œuvre d’art

Cultivant le concept de "lieu unique", la grande librairie de Perpignan profite de ses 70 ans pour se réinventer avec l’aide du sculpteur catalan Gzilépoc.

J’achète l’article 1.50 €

Par Cécile Charonnat,
Créé le 08.05.2015 à 00h00,
Mis à jour le 11.05.2015 à 10h21

Naître en 1945 à Perpignan sous les auspices de Louis Torcatis, instituteur adepte de la pédagogie Freinet et syndicaliste avant la guerre, puis chef de l’armée secrète de la Résistance en Languedoc-Roussillon, abattu par la Gestapo en mai 1944 à Carmaux, cela forge le caractère.

Du 21 au 25 avril, la librairie Torcatis a pu fêter à coups d’événements, de rencontres et d’animations sept décennies d’engagement, fidèle à son identité et à ses idées, même si elle a beaucoup changé au fil des agrandissements et des aménagements. Mais c’est la résistance autant que l’avant-gardisme qu’elle a célébrés pendant une semaine. Pour Roger Coste, actuel propriétaire et dirigeant de Torcatis, cet anniversaire a surtout été l’occasion d’effacer les rides et de "donner une nouvelle vision de la librairie. S’il veut perdurer, notre lieu doit être en adéquation avec le monde d’aujourd’hui. Vingt ans après le dernier agrandissement, le changement s’est donc à nouveau fait sentir", constate-t-il.

Une exposition permanente

Parti du concept dans l’air du temps de "lieu unique", qu’il a poussé jusqu’au bout, Roger Coste a mené une réflexion d’ensemble en compagnie de ses onze libraires et du sculpteur catalan Gzilépoc pour faire de son magasin "une exposition permanente qui l’inscrit dans un mouvement contemporain". Chaque meuble est devenu une pièce de sculpture chargée d’attirer le regard sur une sélection ou un livre en particulier, du mobilier spécifique créé pour un éditeur (éditions de la Merci, spécialisées dans le Moyen Age) aux boîtes de couleurs qui ressortent des étagères et valorisent une partie du linéaire, en passant par une forêt de piliers de tailles variables supportant chacun un coup de cœur en poche.

60 000 références

Clin d’œil au numérique, des "tablettes sensibles" ou "liseuses Gzilépoc’he-Torcatis" ont vu le jour en décembre : ces petits meubles portatifs abritent des sélections de livres de poche en littérature, polar et jeunesse, "régulièrement" pillées" par nos clients alors qu’elles sont conçues pour être vendues dans leur ensemble", s’amuse Roger Coste.

Ce remodelage complet de l’espace, qui aura pris un an et demi et coûté 36 000 euros, s’est accompagné d’un travail de fond sur l’assortiment. Les 60 000 références ont été dépoussiérées afin d’intégrer et de valoriser les nouvelles tendances qui traversent chaque rayon. "Réaménagement et reconstitution du fonds vont de pair si l’on veut rester cohérent et affirmer notre subjectivité jusqu’au bout", assure Roger Coste. Une subjectivité reçue en héritage et que le libraire, à 55 ans, revendique plus que jamais : "elle seule peut permettre à la librairie indépendante de se démarquer de tout le reste.".

En dates

1945 : Jeanne Torcatis crée sur 20 m2 une librairie-papeterie scolaire.

1962 : reprise par Odette et Jean-Louis Coste.

1967 : la librairie passe à 70 m2.

1979-1981 : Roger Coste, fils de Jean-Louis, rejoint la librairie. Restructuration pour surmonter les difficultés économiques.

1992-1994 : Brigitte et Roger Coste reprennent, agrandissent (600 m2) et informatisent la librairie.

2012 : office à la carte. CA à 2,3 millions d’euros.

2015 : remodelage du magasin.



Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités