édito par Fabrice Piault, rédacteur en chef adjoint

Photo OLIVIER DION

La France n’a pas la cote sur le plan économique, mais sa politique du livre, longtemps vilipendée de Washington à Bruxelles, bénéficie au contraire d’un retour de flamme dans l’industrie mondiale du livre. Après que la majeure partie de l’édition américaine s’est convertie, pour le numérique du moins, à la régulation des prix via le « contrat de mandat », la mise en œuvre d’un prix fixe du livre en Israël et le débat rouvert sur ce thème au Québec lui redonnent du crédit. Lançant, mardi dernier, le grand raout annuel de l’édition qui se déroule ces jours-ci à Francfort, son directeur, Jürgen Boos, a salué l’adoption par les députés français du projet de loi interdisant pour les livres le cumul d’une remise de 5 % avec le franco de port. «Nous pouvons apprendre beaucoup de la France», a-t-il admis, appuyé par le directeur du Börsenverein, l’association des éditeurs et des libraires allemands.

De fait, et la Foire de Francfort en porte témoignage, même les plus enthousiastes devant l’avenir radieux promis par les technologies numériques ne cachent plus désormais leur inquiétude devant l’appétit de ses principaux promoteurs. Risques d’un effondrement de la chaîne de valeur du secteur, risques d’une réduction sévère de la diversité culturelle… Amazon, Google et Apple, pour lesquels le livre n’est bien souvent qu’un produit d’appel et une variable d’ajustement, sont aujourd’hui dans le collimateur. « Retirez-vous d’Amazon ! » a même exhorté, en s’adressant aux éditeurs, le fameux agent américain Andrew Wylie. «Vous pensez que vous allez perdre 30 % de votre marché ? Eh bien, ce n’est pas grave puisque vous aurez 30 % de marges supplémentaires sur les 70 % restants», a-t-il expliqué en comparant Amazon à… Napoléon.

Si le Napoléon du XXIe siècle n’est pas français, l’édition hexagonale fait montre d’une belle résistance dans le climat troublé que suscite sa stratégie de conquête. Un peu plus concentrée, un peu plus resserrée, elle conserve même une belle vitalité dans notre 17e classement Livres Hebdo de l’édition française. En 2012 comme en 2013, plusieurs cessions et acquisitions ont rebattu les cartes. Et quand les ventes ont baissé, la rentabilité n’en a pas toujours pâti. De quoi poser les bases d’une reconquête ?

 

17.10 2013

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