21 septembre > essai France > Michel Schneider

Pourquoi écrire plutôt que ne pas écrire ? Pour être aimé du grand public ou d’une personne en particulier qu’on désire séduire ? Ou d’un lectorat idéal de happy few ? Etre célébré par la postérité ? Il est des faits d’armes ou des actions spectaculaires qui garantissent un retour sur investissement plus sûr. Ou peut-être voudrait-on exprimer un manque, un hiatus entre ce qu’on ressent et ce qui est. "La vie me sied mal", écrit Chateaubriand. L’auteur des Mémoires d’outre-tombe est cité parmi tant d’autres, admirés par Michel Schneider, dans Ecrit dans le noir, où il tente de répondre à ces interrogations. Dans ces "essais sur la littérature" (mélange d’articles de revue et d’inédits), il convoque aussi bien Henry James, Melville, Proust, Colette que Musil, Kafka ou Elias Canetti. Et l’écrivain et psychanalyste de nous rappeler que "le chez soi d’un écrivain, que certains appellent pompeusement chambre d’écriture, est géographiquement et physiquement introuvable"."Leurs vraies maisons", aux écrivains, sont leurs bibliothèques.

Un bon auteur, c’est d’abord un bon lecteur. Baudelaire qui a beaucoup lu et traduit, notamment Edgar Allan Poe, se dit "obsédé" par son fantôme. Ecrit-on toujours sous influence, est-il illusoire de vouloir être le premier dans le temps ? Michel Schneider défend le cas Baudelaire qu’on ne saurait accuser de plagiat lorsqu’il s’inspire, quasi mot pour mot, d’un poème du romantique anglais Thomas Gray dans "Le guignon", car il déplace le sujet élégiaque d’origine vers "le thème véritable de tous les poèmes des Fleurs du mal, le portrait allégorique de l’artiste". Le plagiat est un des leitmotive de Schneider, qui avoue la peur de son propre manque de singularité, "cette aphasie amère : l’autre a pris tout le langage ; il ne me reste rien".

Maintes obsessions de l’auteur de Comme une ombre traversent encore ces pages : le rapport à la mère, au sexe, à l’amour. "La vie est bête", sur Flaubert, montre le clivage entre celles qu’il aime et celles avec qui il couche et, en même temps, "ce lien entre la femme aimée et la prostituée est essentiel au fantasme de Flaubert parce qu’il l’affranchit du réel pour le plonger dans la littérature".

L’ange de la mélancolie n’est jamais loin, l’écrivain est l’inconsolé dont les mots permettent de faire le deuil - de l’enfance, d’un primordial amour, d’une vie qu’on n’a pas vécue -, de dialoguer avec les morts au-delà de la mort. Ecrire est un travail étrange, à la fois extrêmement personnel et où il faut savoir s’oublier un peu. "Quand on écrit on n’est pas tout à fait vivant. Pas complètement mort non plus. L’écrivain est un revenant, il revient du passé, le sien et le nôtre. Son être n’est que son ombre. Son temps, le futur antérieur. Sa demeure ? Le noir. Le nulle part de la langue. Là où on loge à la nuit."Sean J. Rose

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